mercredi 5 juin 2013

Une rétro du plus bel effet

Roland Garros. Porte d’Auteuil. Le Central. La terre battue maculant les chaussettes des arpenteurs de fond de court. Ou bien décalquée sur les omoplates des plongeurs sans filet. La petite balle jaune qui n’en finit pas de rebondir aux limites des carrés de service. Ou alors le long de couloirs à la limite du hors jeu. Le soleil plombant les bobs immaculés des hauts de tribunes jusqu’aux canotiers des box proches à sniffer les lignes blanches. Symphonie de torticolis potentiels à l’affût des fidèles abonnés : Dabadie, PPDA, Rochefort, Belmondo père & fils, Charles Gérard, Pierre Richard, etc. Ou alors les parapluies en accent circonflexe aux couleurs des programmes du jour. Puis les bâches tirées en hâte par de petits ramasseurs de balles au risque de finir engloutis par la vague verte. Même ton pour les murs tagués à la gloire d’une banque. Identique depuis des générations. On ne changerait pas cette année ? Bah Non Pourquoi ? Les congélateurs et chaises arbitrales dédiés à celle d’une boisson gazeuse. C’est fou, non ? Souvenirs maintenant lointains de la quinzaine durant laquelle je sprintais chez moi dès la fin des cours rejoindre d’autres courts. Je délaissais le Tango en cuir noir et blanc, le béton grisâtre du quartier pour l’écran télé et les feutrines jaune fluo sur fond ocre. D’autant plus pratique que la période correspondait à l’enfer vécu des premiers pollens allergisants. La Zyrtec Connection distingue très bien ce dont je cause.


Puis survint le 11 juin 1989. Dimanche maudit jusqu’à la fin des temps. Un prince suédois terrassé par un sale môme américain qui ne lâchera rien. Putain, merde. T’avais pas le droit, gamin. Mon Edberg. Le digne apôtre mondial du service volée. L’ange blond toujours tiré à quatre épingles battu par le diablotin marathonien et son jeu de jambes de dix sept printemps. La grâce du revers à une main, éteinte par la double prise du manche, à l’instar d’une hache prête à détruire mes rêves d’élégance. A en chialer d’impuissance. L’Histoire est un éternel recommencement, dis-tu ? Sensation de déjà vu. Cinq ans auparavant. Quand la froide rigueur d’Ivan le terrible s’impose au bouillant Big Mac malgré son velouté cordé inégalé et sa sauce arbitrale aigre douce. Les premiers coups de marteaux annonciateurs d’une future ribambelle de cogneurs. De bûcherons ahaneurs. Bruguera, Courier, Muster. Un enterrement de première classe pour les glorieux alpinistes nantis d’une bande de filet pour graal. Boris, Pete, Stefan, John et consorts, reposez en paix, je veille pour votre mémoire. Le tennis d’attaque se pratiquera désormais de la ligne de fond. Le travail de sape pendant cinquante échanges. Fiers d’être aussi bons essuie-glaces que distributeurs de balles robotisés. Des machines à renvoyer. A envoyer du lourd. Jamais déréglées. Des Terminator en puissance. Jimmy Connors ? Oui. Pan ! Pan ! Pan !


Alors il me reste Wimbledon. Ses fraises à la crème. Son gazon. Ses plongeons désespérés. Ses tenues immaculées. Le silence quasi religieux des travées même le mercredi. Pour ne pas réveiller en sursaut le box royal sans doute. Un peu de légèreté mais pour combien de temps encore. Enfin, vivement début juillet… Je n’ai plus le rhume des foins.