Le sommeil du
navigateur solitaire. Pas une légende. J’en suis la preuve. Toujours les sens
en alerte afin de ne pas emplafonner un navire marchand ou s’échouer sur les
récifs d’une côte inopinée suite à un pilotage automatique défaillant. Ces
derniers mois, blotti dans ma tanière de vieux loup des mers, je coulais des
jours paisibles au milieu des miens sans le parasitage des mauvaises nouvelles
hexagonales voire mondiales. J’avais débranché l’ignominie humaine. Mis au
rencard Pujadas le chevelu, Miss Brushing & Cie. Mais depuis quelques
semaines, un mauvais présage. Les voyants de la case lucidité dans le rouge.
Vif. Je me reconnecte, vais à la pêche aux infos, fréquente les espaces publics, les blogs amicaux, reçoit les potes. Stupeur. L’épouvante frappe à ma
porte. Les pieds ancrés sur mon paillasson, le racisme est là, la bave aux
lèvres. Je tente prestement de lui claquer la lourde au nez. Trop tard. Il a
glissé sa Rangers dans l’ouverture. Il s’invite à ma table. Injecte son poison
à certains de mes proches en villégiature. Sous mon propre toit, putain.
L’affront national. Des gars comme les cinq doigts de la main. Toujours
partants pour les quatre cent coups. Une jeunesse passée avec Clash et les Béru
en intraveineuse. A pisser contre tout ce qui était encarté, gauche, droite et
extrêmes. Les conversations me vrillent les tympans. Je manque m’étouffer à
chaque prise de parole, chaque surenchérissement dans l’horreur. Les
insinuations timorées se mutent en affirmations répugnantes. Groggy, dans les
cordes, le regard vitreux, ton pirate. La délinquance, et tous les maux
accablant notre pays auraient une seule et même source : l’étranger. Enfin
l’étranger… Comprenons nous bien… Le banlieusard basané clair ou foncé. Oui,
M’sieur. Et moi qui croyait qu’Alzheimer me cavalait au train et gagnait un peu
plus de terrain chaque jour. Alors eux, c’est quoi ? Une greffe
généralisée de cerveau d’autruche ? Une lobotomie lancée à grande échelle
sur tout ce qui touche l’Histoire et ses atrocités.
Non je vais me
réveiller ou alors, elles sont planquées où tes caméras, Marcel ? « Voter
FN, juste pour foutre un peu plus le bordel tu vois, lourder les mecs en place
qui s’en mettent plein les fouilles et nous prennent pour des cons depuis des
lustres. Et puis on ne sait jamais, ça peut être la base d’une bonne révolution.
Planter ton drapeau noir, tu s’rais aux anges, Tricao ! Mais avoue quand
même, qu’accueillir toute la misère du monde, bla, bla, bla…» Mais bien
sûr ! Je signe où pour prendre ma carte ? Me font un tarot sur l’adhésion
si je viens en famille ? Bande d’inconscients ! A côté de ça, j’ai vu
des milichiens dissolvant leurs groupuscules. Les rats retournent dans les
égouts pour mieux proliférer dans ma rue. Filez moi un Zippo, des alloufs !
Vite ! J’vire pyromane ! Et vive, et vive, et vive le feu ! J’ai pigé
les mecs. C’est la guerre. Je sais ce qu’il me reste à faire. Retrouver le
pirate d’antan. Repos, lectures et sport pour perdre un peu de poids au programme cet été.
Etre affûté comme un sabre.
- Tu fais un régime,
ou c’est le ramadan ? finaude ce qui me sert de collègue,
mi-Hortefeux, mi-Valls. Minable surtout.
- Non, je me suis
remis au sport avec mon pote Samir. Mais on cherche un club de tir pour
cartonner du con raciste et fier de l’être, t’as une
adresse ? Interloqué, les yeux lui sortaient de la tête comme si le parti du nabot sur le retour louait en place publique le mariage pour tous afin de
demander la main du borgne et de sa fille en vue de 2017. Il a fini par baisser
le regard. J’ai croisé le mien dans un reflet d’écran. Noir comme du charbon. Bientôt
ardent. Je me sens coupable d’avoir une gueule à être dénoncé, chantait
l’écorché franc comtois. J’ai le même sentiment, Hubert. Je crèverai seul s’il
le faut, debout, mes armes à la main. Enfin au moignon. Parce qu’à ce rythme,
les copains comme les cinq doigts de la main… Triste.