mercredi 6 novembre 2013

Récré à deux

Aujourd’hui une charmante fable amorale d’auteur inconnu retrouvée par le plus pur des hasards dans ma malle de vieux flibustier et que je ne résiste pas au plaisir de te narrer, jeune lectrice avide de sensations fortes et d’humour finaud. Ames sensibles s’abstenir. La morale de cette histoire parlera également au vieux téléspectateur à pelage grisonnant voire disparate.

Il était une fois, bien avant l’avènement des Beatles mais bien après Jésus Christ, une course hippique qui se déroulait dans une bourgade éloignée de toute contrée civilisée. Je reste volontairement dans le flou afin de ne pas être importuné par les olibrius toujours prompts à bondir sur leur glaive laser à pointe octogonale pour me faire payer les éventuels anachronismes et autres incohérences géographiques. Participaient à ce défi bon nombre de personnalités de l’époque, dont le Prince Huilda (Rachid pour les intimes) portant sa traditionnelle jaquette à col mode gothique. Col célèbre auquel on prêtait de mystiques pouvoirs car depuis que le Prince portait ce dernier, il n’avait jamais essuyé de défaite. Un jeune freluquet prénommé Akta s’était également inscrit avec un vieux canasson ayant déjà un jarret au Père Lachaise. La ressemblance troublante avec l’oracle de la cité attirait les quolibets des passants envers notre jeune héros. Par chance, ce dernier était extrêmement rusé, certains allant jusqu’à dire qu’il était malin comme une hyène. Akta, désireux de rafler le premier prix gratifié d’une nuit en compagnie de la princesse Bebeck (Nadine pour les intimes), décida de rendre visite au vieux sage non voyant Zaratou (ndlr : il s’agit rigoureusement du même personnage dans toutes les contes ancestraux, simplement dans Star Wars l’ont-ils affublé d’oreilles spokiennes et peint en vert ou alors mon écran 16/9 est déréglé…). Akta questionna l’Ancêtre bigleux sur la remise en forme de son vieux bourrin afin que ce dernier batte à plate couture les autres enculés ongulés et notamment le splendide alezan du Prince Huilda avec son col ridicule.
Le Maître Corbeau lui tint à peu près ce langage : « O petit Akta, en vérité je te le dis, en Glaviosie tu te rendras, un plat en fer ramèneras, d’excréments le rempliras, un hamster sacrifieras, aux plantes qui font rigoler le cuisineras, à ta monture le donneras, et fulgurant ton cheval sera. J’ai dit. » Ainsi parla Zaratou, strabisme en option, avant d’ajouter « Maintenant barres toi, tu mets de l’ombre sur mes babouches. » Sur ces glorieuses paroles, notre nouvel ami Akta se rendit en Glaviosie, province jouxtant l’Estonie et le Tadjikistan, comme tu n’es pas sans ignorer, lecteur fidèle de SAS chez les Ploucs à chapka. Il se procura par des moyens inavouables car contraires à la morale, un petit plat en fer dans lequel il plaça une sélection d’étrons dignes d’un pachyderme subissant une gastroentérite d’anthologie. Puis se dirigea vers la grotte de la Bête, je veux bien sûr parler du sauvage et féroce hamster masqué. Après avoir terrassé le monstre à coup de figues molles, Akta se rendit à Bâr Bhès où il se procura sans mal un plan de haschich. Il farcit ensuite le hamster avec la plante, non sans avoir pris la précaution de l’entourer de chatterton afin d’éviter toute explosion malencontreuse et s’en alla le baume au cœur et la merde au cul vers le lieu de l’épreuve.
Les chevaux étaient dans les box de départ, prêts à jaillir. Akta se mit en place, habilement déguisé en bossu afin de cacher dans cet appendice factice, le hamster et le plat de Glaviosie. Les insultes fusaient à son encontre : « Ouah les keums ! Z’avez téma la chetron du Bossu ! On dirait l’oracle ! ». Le Prince Huilda, hautain avec son col façon gothique, toisait également Akta avec mépris. Au signal, les chevaux s’élancèrent sauf celui de notre jeune héros. Ce dernier sortit le plat au hamster et le plaça sous les naseaux de son fidèle destrier. La pauvre bête, sous les effets nauséeux des hallucinogènes, se cabra, s’élança et dépassa tous les autres concurrents avant de s’adjuger une étincelante victoire sous les yeux du Prince qui, de rage, s’arracha son col aux ex pouvoirs magiques.


Moralité : Afin de battre le col goth, Akta ruse avec sa gueule d’oracle. Plat d’étrons, hamster au hasch, et le corniaud fulgure.