« Et toi, l’Pirate,
qu’est-ce qu’on te souhaite ? ». La paix. Mieux, le silence. Parce
que je sature. Tes plaintes lecteur, tes chouineries lectrice. J’en ai ras le
bandana. Mon souhait ? De vous coller au mur avec vos lamentations. Une
bastos pour chacun. Vérifier si Polnareff et son paradis jouent à guichets
ouverts. Pour l’enfer, je m’en charge. Avec vos trognes déconfites, j’ai déjà
un avant goût. Et que ça se répand à longueur d’année, que ça ne va pas, y’a
qu’à, faut qu’on. Jamais contents. De perpétuels grincements de craie dans les
esgourdes. A s’en perforer les tympans comme papa Beethoven. Alors un peu de
silence, s’il vous plaît. Et même si ça ne vous plaît pas. Fermez une bonne
fois pour toutes vos clapets, les donneurs de leçons et mégères meuglant à qui
mieux mieux ! Bien sûr, je sais : les maladies, les fins de mois difficiles,
et tout le bataclan. Vous croyez qu’aboyer devant votre petite lucarne, avec vos
aïeux et vos chiares, va vraiment changer les choses. Tout ce petit monde à se
morfondre sur son piteux sort depuis des générations. Mais tellement heureux de
baigner dans son jus finalement. Nostalgie de l’esclave. Pas tant envie de
refaire le monde que ça au final. On verra plus tard pour la grande évasion. Parce
qu’on ne sait pas. Si c’est pire, imagine. Prendre des risques ? Au grand
jamais ! Plutôt crever dans son cholestérol ! Laissez-nous dans notre
belle société de consommation. Nous voulons être des propriétaires. Même de
miettes tombées du banquet des seigneurs. Des saigneurs. L’ambition citoyenne
comme leur palier d’immeuble. Toujours envier celui du dessus, jalouser le
voisin, faire chier celui du dessous. Vive la ripaille à coups de tickets
resto, de savants cocktails d’antidépresseurs solubles dans l’alcool. C’est la
criiiiise finale, pleurons tous, etc. Refrain connu. Internationale de la
soumission. Surtout que rien ne change. 2014, 2015, 2050, 2100. Des pauvres,
des riches. L’équilibre de plus en plus bancal. Pas grave. La norme. Aux urnes,
les conformistes.
Me serais-je levé de
mauvais poil en ce jour de l’an neuf ? Même pas. Vous me rendez juste fou.
Mais va savoir qui est le plus dingue. Toi lecteur dépourvu de lucidité mais surtout
pas de biens matériels ? Toi lectrice au grand cœur qui donne aux Restos
en prévision de ton licenciement ? Donner. Encore et toujours. Votre kit
de bonne conscience. Pour le calendrier des pompiers des fois que ta plaque de cuisson en vitro céramique te pète à la
gueule. Si seulement. Donner pour l’almanach des Postes bien que depuis l’avènement
d’internet, les dernières bafouilles potentielles que tu reçois sont les vœux
tarifés d’EDF, Veolia ou du Ministère des Finances. Note que je n’appelle pas
au grand soir. A la Révolution avec un grand R. Je conchie les luttes de classes.
Les communautés. Je ne veux rien posséder en commun avec qui que ce soit. Parce
que souvent vous me faîtes tartir. Déjà bien obligé de vous supporter. Partageons
juste un moment amical de temps à autre. Basta. Puis je m’en retournerai à mon mutisme.
Parce que, comme l’a si bien scribouillé l’antraïgain à bacchantes, « je ne suis qu'un cri. Sans fil à la patte. Encore moins issu d'une écurie.
Pas diplomate, je n'ai ni
drapeau ni patrie, je ne suis pas rouge écarlate ni bleu ni blanc ni cramoisi. Je
suis d'abord un cri pirate, de ces cris-là qu'on interdit. Je ne suis pas cri
de plaisance ni gueulante de comédie, le cri qu'on pousse en apparence pour
épater la compagnie. Moi si j'ai rompu le silence, c'est pour éviter l'asphyxie.
Oui je suis un cri de défense, un cri qu'on pousse à la folie. Alors pardonnez
si je vous dérange, je voudrais être un autre bruit. Etre le cri de la mésange,
n'être qu'un simple gazouillis. Tomber comme un flocon de neige, être le doux
bruit de la pluie. Mais je suis un cri qu'on abrège, je suis la détresse
infiniiiiiiie».
« C'est pas bientôt fini
avec tes conneries ? » Oui, lecteur. Bises, lectrice. T’aurais pas vu mon flingue et mes boules Quiès ? Maintenant, silence. Enfin.