lundi 1 septembre 2014

Les raisons de mon collyre

J’ai la crève. Eternuements en cascade. Les carreaux gonflés larmoyants et cette sale impression d’avoir reçu une poignée de sable dans les orbites. La voix qui déraille et oscille entre l’adolescente hystérique à un concert des One Direction et le fumeur de Gitanes maïs sans filtre en fin de chimio. Bref, la tronche comme un compteur à gaz. J’aime pas. Sale humeur, du coup. Comment et où j’ai chopé ça, lectrice ? Déjà pas dans ton derrière, espère ! Je sais. Grossier. Mais j’ai prévenu. En rogne. De mauvais poil… de cul, évidemment. Je n’ai pas attrapé froid non plus lors de la mascarade actuelle de l’Ice Bucket Challenge, si tu veux savoir. Tu sais, tous ces lourdingues connus et inconnus qui croulent sous un torrent d’eau glacée tout en prenant soin d’innover dans le pathétique et le ridicule afin de figurer en pole sur les réseaux sociaux et autres télés. Montrer qu’on a des relations, des potes, que l’on est dans la place. « Je suis retweeté par les stars de ce monde, mon gars ». Toujours en mémoire ce journaleux donnant du « Bob » à Monsieur De Niro. Va te faire…

Puis elles ont bon dos, les nobles causes. Se battre mondialement contre la maladie de Charcot. Ok, pourquoi pas. T’en penses quoi, Bob ? Ouarf, ouarf. La tendance est au paraître. Montrer que l’on a du blé mais aussi et surtout du cœur. Business oblige, si tu peux faire ta propre pub de bon samaritain en même temps, hein. Donner discrètement ton obole, ce n’est pas jouable ? « Mais tu me prends pour un charclo, Tricao ! ». Charcot, mon bon, Charcot. Et puis c’est toi qui donne et non qui reçoit. Au final, je n’ai pas participé. Note bien que je le regrette. Pour ne pas rompre la chaîne (du froid), j’aurais nominé Michael Schumacher, un Gremlins et un petit africain déshydraté. Oh, ça va, c’est pas plus cynique que leurs actes à ces cons. De l’espièglerie d’un allergique à l’ambroisie, tout au plus. Parce que oui, pour revenir à mon rhume, c’est de l’allergie. Une variante du rhume des foins. Option latin. Ambrosia artemisiifolia. Ca te la coupe ça, hein ma vieille ? Ben ma haute culture en mauvaise herbe, bien sûr ! Parce que pour ce qui est de la plante allergisante, mieux vaut arracher la racine avec, et ce, afin d’éviter toute prolifération, merci d’être venu lecteur, tu peux retourner devant les Chtis ou Minots à Pétaouchnok-mais-pas-chez-moi, je continuerai sans toi. Va te faire…

Fleur venue d’Amérique du Nord et disséminée depuis essentiellement par l’Homme. Et tu voudrais que je ne renouvelle pas mon adhésion pas au Misanthrope’s Club, lecteur ? Bref. Les AA (allergiques anonymes), nous représentons environ dix pour cent de la population en France. Pas négligeable, non ? Et bien est-ce que je grimpe au sommet du grand mât de mon brick réclamer corps et âme mais surtout à cri à la planète entière un Pollen Bucket Challenge ?  Non. Je reste humble. Les plus grandes douleurs sont muettes, paraît-il. Bien qu’en ultime parade, il reste toujours la cortisone. La fameuse piquouse apaisante qui donne raison à ce salopard de chauffard du dimanche qui frôle volontairement mon biclou lors de mes sorties dominicales sur les routes de campagne en me traitant de dopé car je ne laisse pas ma portion de bitume à son gros 4x4 de merde quand il va chercher son pain et ses clopes. Va te faire…

Bon, je dois te laisser, lectrice. Mon ire empire et le petit flacon de collyre me fait de l’œil. Ah oui, j’oubliais. Bon anniversaire, le Cri Pirate. Deux piges et cinquantième billet au compteur. Laisse moi t'offrir néanmoins ce modeste bouquet de nerfs.