Aujourd’hui
charmante lectrice, aimable lecteur, merci de poser tes rames quelques
instants, car je vois bien que tu t’échines en vain à sortir de l’enlisement
irrémédiable des sables mouvants de ton existence morose et monotone. Embarque plutôt
sur ma galère, dans mon arche il y a de la place pour tous les marmots. Hommage
discret à un porté disparu dans un océan jaune anisé bondé d’icebergs
miniatures mais dont la plume vengeresse me manque cruellement. Mais revenons à
nos petites vagues crêtées d’écume baptisées également moutons d’après le Petit
Larousse, à moins que ce soit son cousin le gros Robert. Donc, tu es mon hôte.
Mais pas sur le pont du galion chargé de foutus courants d’air juste bons à te
choper un rhume de cerveau, encore que… non rien. Installe-toi confortablement,
bien calé au chaud dans ma spacieuse cabine, le pirate offre le voyage.
Exceptées
ces brillantes chroniques affichées semaine après semaine sur ton écran plus
très plat car gonflé de saisissement devant tant de panache scribouillard, nous
ne nous connaissons pas mais tu apprendras que je ne me déplace que rarement
sans un polar dans la poche ou le vide poche selon que j’ère en moto, voiture,
train ou canoë biplace (tais-toi et pagaye, je lis!). Le moindre temps
mort, hop, je dégaine prestement mon roman policier faisant passer Josh Randall
ou Lucky Luke pour de vieilles gâchettes arthritiques. C’est plus fort que moi.
Je suis atteint du « syndrome de la bouquinite ». Cancer de moins en
moins répandu à la grande joie des chirurgiens de l’audiovisuel pour
lobotomisés que sont Direct 8 ou NRJ 12, mais maladie incurable dont le
symptôme dominant est de vouloir grappiller à tout prix quelques minutes voire
quelques heures sur mon temps de sommeil ou de reproduction quotidien. Bref.
Je
souhaitais donc te causer d’un auteur que j’apprécie depuis deux décennies,
toujours tapi dans l’ombre et dont il me paraît opportun de mettre le talent en
lumière. Bien sûr que ce n’est pas cette petite page perdue sur le net qui va
lui faire une publicité monstre mais je compte sur tes talents de tapeur de
texto nippon (version réactualisée de notre ancien téléphone arabe). Sans
compter que citer un tel écrivain pourrait te valoir quelque reconnaissance
auprès de la gent féminine ou masculine dans quelques mois. Du bouche à oreille
au bouche à bouche, il n’y a jamais qu’une joue à survoler, tu sais. En
conséquence, lis le et parles en autour de toi. J’ai toujours un faible pour
ces prétendus seconds couteaux du cinéma que sont les scénaristes. Ces hommes
de l’ombre, forçats de la littérature noire. Sans eux, pas de synopsis en
béton, ni de mise en valeur des premiers rôles. Le plumitif en question se
nomme Tonino Benacquista. Ce patronyme ne te dit rien ? Pourtant, tu as
déjà vu défiler des adaptations de ses œuvres. « La boîte noire »,
« Les morsures de l’aube » sont des thrillers issus de son
imagination fertile. Car le diable sévit dans différents domaines. Bande
dessinée, théâtre, nouvelles, romans, cinéma. Proche de Jacques Audiard (qui
est la preuve vivante que le talent peut être héréditaire contrairement à la
descendance Signoret), Benacquista a également co-écrit avec ce dernier les
scénarii de « Sur mes lèvres » et « De battre mon cœur s’est
arrêté ». Au passage, œuvres césarisées, même si ce n’est pas
toujours un gage de valeur.
Mais dernier
trimestre 2013, l’injustice flagrante devrait s’estomper et la gloire frapper à
sa porte avec l’adaptation éponyme d’un de ses meilleurs romans,
« Malavita ». Tourné par Luc Besson. Ca ne te suffit pas, lecteur ?
Alors devraient figurer au générique : Robert de Niro, Tommy Lee Jones et
Michelle Pfeiffer. Alors, on la ramène moins, lectrice ! En
attendant, procure-toi « Quelqu’un d’autre » pour faire plus ample
connaissance avec Tonino Benacquista. Tu m’en diras des nouvelles. Avant de
poursuivre avec les siennes, truculentes et finement ciselées. Bonne lecture !