mardi 19 mars 2013

Tonino Benacquista, le noir lui va si bien.


Aujourd’hui charmante lectrice, aimable lecteur, merci de poser tes rames quelques instants, car je vois bien que tu t’échines en vain à sortir de l’enlisement irrémédiable des sables mouvants de ton existence morose et monotone. Embarque plutôt sur ma galère, dans mon arche il y a de la place pour tous les marmots. Hommage discret à un porté disparu dans un océan jaune anisé bondé d’icebergs miniatures mais dont la plume vengeresse me manque cruellement. Mais revenons à nos petites vagues crêtées d’écume baptisées également moutons d’après le Petit Larousse, à moins que ce soit son cousin le gros Robert. Donc, tu es mon hôte. Mais pas sur le pont du galion chargé de foutus courants d’air juste bons à te choper un rhume de cerveau, encore que… non rien. Installe-toi confortablement, bien calé au chaud dans ma spacieuse cabine, le pirate offre le voyage.

Exceptées ces brillantes chroniques affichées semaine après semaine sur ton écran plus très plat car gonflé de saisissement devant tant de panache scribouillard, nous ne nous connaissons pas mais tu apprendras que je ne me déplace que rarement sans un polar dans la poche ou le vide poche selon que j’ère en moto, voiture, train ou canoë biplace (tais-toi et pagaye, je lis!). Le moindre temps mort, hop, je dégaine prestement mon roman policier faisant passer Josh Randall ou Lucky Luke pour de vieilles gâchettes arthritiques. C’est plus fort que moi. Je suis atteint du « syndrome de la bouquinite ». Cancer de moins en moins répandu à la grande joie des chirurgiens de l’audiovisuel pour lobotomisés que sont Direct 8 ou NRJ 12, mais maladie incurable dont le symptôme dominant est de vouloir grappiller à tout prix quelques minutes voire quelques heures sur mon temps de sommeil ou de reproduction quotidien. Bref.


Je souhaitais donc te causer d’un auteur que j’apprécie depuis deux décennies, toujours tapi dans l’ombre et dont il me paraît opportun de mettre le talent en lumière. Bien sûr que ce n’est pas cette petite page perdue sur le net qui va lui faire une publicité monstre mais je compte sur tes talents de tapeur de texto nippon (version réactualisée de notre ancien téléphone arabe). Sans compter que citer un tel écrivain pourrait te valoir quelque reconnaissance auprès de la gent féminine ou masculine dans quelques mois. Du bouche à oreille au bouche à bouche, il n’y a jamais qu’une joue à survoler, tu sais. En conséquence, lis le et parles en autour de toi. J’ai toujours un faible pour ces prétendus seconds couteaux du cinéma que sont les scénaristes. Ces hommes de l’ombre, forçats de la littérature noire. Sans eux, pas de synopsis en béton, ni de mise en valeur des premiers rôles. Le plumitif en question se nomme Tonino Benacquista. Ce patronyme ne te dit rien ? Pourtant, tu as déjà vu défiler des adaptations de ses œuvres. « La boîte noire », « Les morsures de l’aube » sont des thrillers issus de son imagination fertile. Car le diable sévit dans différents domaines. Bande dessinée, théâtre, nouvelles, romans, cinéma. Proche de Jacques Audiard (qui est la preuve vivante que le talent peut être héréditaire contrairement à la descendance Signoret), Benacquista a également co-écrit avec ce dernier les scénarii de « Sur mes lèvres » et « De battre mon cœur s’est arrêté ». Au passage, œuvres césarisées, même si ce n’est pas toujours un gage de valeur.

Mais dernier trimestre 2013, l’injustice flagrante devrait s’estomper et la gloire frapper à sa porte avec l’adaptation éponyme d’un de ses meilleurs romans, « Malavita ». Tourné par Luc Besson. Ca ne te suffit pas, lecteur ? Alors devraient figurer au générique : Robert de Niro, Tommy Lee Jones et Michelle Pfeiffer. Alors, on la ramène moins, lectrice ! En attendant, procure-toi « Quelqu’un d’autre » pour faire plus ample connaissance avec Tonino Benacquista. Tu m’en diras des nouvelles. Avant de poursuivre avec les siennes, truculentes et finement ciselées. Bonne lecture !