Mon blase, c’est
Lakhdar. Je suis le dernier fils de Slimane et Leila. Troisième génération à
crécher à La Courneuve. Dix sept piges au compteur. Encore mineur. Un
BEP Logistique in my pocket. Ca ne change rien sur mon CV. Option Caillera
comme ils dégoisent. Wesh-wesh en galère. Et pourquoi pas chef de gang, bande
de narvalos ? A se taper des barres de rire. Après tout, je ne suis pas un
looser, je ne me suis jamais fait alpaguer. Même si je collectionne les gardav’
comme mon dabe les tatouages. Que je n’ai pas intérêt à mettre les pinceaux en
zonzon, qu’il me bave souvent. L’a raison le daron, encore que… Entre la cage
d’escalier et la cage tout court…
Je me suis inscrit sur
Meetic pour me trouver une gadji sympa. Une michto pas trop relou. Pour assurer
les fins de mois où je croque trop. Une couverture, pas que sociale. Ma carte
Vitale multi fonctions à moi. Parce que pour le taf, c’est dead. Faut pas me la
faire à l’envers. Le chômedu et ses indem’, je les laisse aux crevards, aux
esclaves. Aux bolos du système. Moi, c’est la galette des Rois que je kiffe,
pas celle du Tiers Etat. Intérim et système D dans mon territoire occupé, j’m’en
branle.
Bon, je deale bien un
chouïa. Surtout conso perso. N’allez pas me poucave, les baltringues. La
bicrave, la teillebou, rien de bien chantmé. Cocktail vodka Redbull et splif
pour partir en live. Un renard de temps à autre mais pour le tarot, c’est ce
que l’on fait de mieux. Certains jours, on monte sur Paname. Entre lascars. Emprunt
de vago ou RER à l’arrache. Taper l’incruste sur les Champs. En cas de dawa,
une vitrine ou deux. La sape toujours, depuis tout môme. Les soldes à prix
casseurs. Puis aller aux putes juste pour reluquer. Pour se palucher le soir
dans nos pieux.
Sinon, il y a bien un
autre kiff. Le rap. Matos tombé du camtar. Les répètes dans la cave du yougo,
le veuf du sixième. Celui qui se dit musulman le jour et sans religion fixe
quand il descend ses cadavres de rakia à la nuit tombée. Quant à l’autre babtou
de la MJC qui voulait nous produire… Le mytho souhaitait que l’on
vire RnB. Fringues fashion, label banlieue. Les carlouches du band l’ont fumé
d’une force. Ne jamais nous prendre pour des caves.
Des fois je me dis qu'à
trois milles bornes de ma cité, y’ a un pays que je ne connaîtrai sûrement
jamais. Que peut-être c'est mieux, peut-être c'est tant pis. Que là-bas aussi
je serais étranger, que là-bas non plus je ne serais personne. Alors pour me
sentir appartenir à un peuple, à une patrie, je porte de temps à autre le
maillot de l’Algérie. Ca fait ièch le faf devant sa télé. Je me suis inventé
des frangins, des amis qui crèvent aussi. D’ te façon, j'ai rien à gagner, rien
à perdre, même pas la vie. J'aime que la mort dans cette vie d' merde. J'aime
c' qu'est cassé, j’aime c' qu’est détruit. J'aime surtout tout ce qu'y vous
fait peur, la douleur et la nuit.
(Adaptation libre de
« Deuxième Génération » de Renaud Séchan)