jeudi 20 septembre 2012

Tweet and shoot



« T'es pas sur Facebook ? ». Non. Je n’ai pas de compte. Volontairement. Non par peur du flicage car je pense depuis longtemps que Big Brother ricane au dessus de la tombe profanée de son créateur Orwell. Plus simplement, je possède déjà ce blog qui permet d’exprimer ce dont j’ai envie et sans la moindre contrepartie. Seul à bord. Donc ne viens pas geindre, toi le converti du zéro social. Je te cède ma place sur le réseau, tu pourrais dire merci au looser asocial.
Je ne touite pas non plus. Répertorié de longue date Agefiph du texto par mes proches,  je ne suis plus à ça près. Taper la converse entre 140 (je cause du nombre de caractères autorisés, pas du QI des protagonistes, hein !) afin de faire baver plus tard des lobotomisés avec ce fameux retweet décroché de haute lutte à de pseudo personnalités. Atrophiés de la langue autant que du cervelet. A croire que ton but unique est d'obtenir la consécration dans le Guinness Book, rubrique nombre de followers. Prouver que tu existes, que tu possèdes un carnet d’amis, de relations. Tout là bas. A l’autre bout du réseau. Si proche et si loin à la fois. Je t’observe en loucedé le greffé de l’aïe faune. Le mobile comme un prolongement de la pince du père Adam. Ami manchot, ne te biles pas, ils ont pensé également à toi : oreillette et micro au rayon accessoires. La Vénus de Milo réhabilitée par Oranbouysfree.
Quant à ce besoin perpétuel de demander ou rendre des comptes. Actes comme paroles. Partout. A tout le monde. Quel que soit le lieu, l’heure, la moindre vibration smartphonesque et tu dégaines aussi vite que James Coburn son couteau dans les Sept Mercenaires. Exemple encore ce jour. Une mégère au faciès lasuré Casto spéciale champignons et moisissures, vitupère dans son gadget nippon sous les regards courroucés de la file d’attente démesurée d’hypermarcheurs dont je fais hélas quelquefois partie lorsque le frigo familial ressemble aux bourses d'un président du FMI après un bref passage dans un Sofitel amerloque. « T’es où ? » questionne Miss Syntilor. « Dans ton c… » me pris-je à espérer fortement comme réponse de l’interlocuteur, après qu’elle n’eut daigné poursuivre le déchargement de son caddie blindé sur le tapis roulant pour cause de curiosité maladive.

Autre scène vécue lors d’un récent repas de noces. Mélange de famille éloignée, amis d'enfance perdus de vue et parfaits inconnus. Pas grand chose à se dire. Du silence gêné des entrées à la chape nappée de plomb des desserts. Les regards hagards sur la nappe où trône en bonne place leur nouvelle raison de vivre. Les uns à envoyer la sauce sur leur écran tactile entre deux plats, les autres aux doigts boudinés écrasant leur clavier azerty taille XXS. Conclusion : toute la tablée fixée sur son joujou branché. Mieux que la pause clope comme échappatoire. Les rhumatismes articulaires gagnant du terrain sur les poumons goudronnés. Le progrès ne vaut que si il est partagé par tous. Imperturbable naufragé au milieu de ces ondes, j’ai lancé l’appli’ non virtuelle « Dégustation de jéroboam labellisé Mumm ». Quitte à survivre dans sa bulle autant que cette dernière soit de qualité. Shoot again. Tchin.