vendredi 19 octobre 2012

Jet d'ancre et impressions


Putain de météo. Encore que. Un mal pour un bien. Le soleil a rendu les clefs laissant place aux intempéries automnales. Révolu le temps des escapades motardes et rêveries du fond d’un hamac ombragé. Le grizzly a rejoint sa tanière. Bienvenue non pas au vélo d’appartement (quelle connerie !) mais à mes divines lectures sur divan moelleux. Oui, facétieux lecteur, même mon canapé lit. Ouarf, ouarf.
La lecture. Celle que l’on nomme pompeusement « littérature » dans ta petite lucarne. Lire. Comme une drogue. Tout ce qui me passe sous la main. Du bulletin municipal au dictionnaire en dix volumes. Sans oublier le cri du polar le soir au dessus des rayons de ma bibliothèque qui m'invite derechef. Peux pas résister. Le pirate happé par les sirènes. Bouquins acquis de-ci de-là, au hasard de mes pérégrinations dans de modestes salons du livre provinciaux. Pas bégueule, le manuscrit, il s’adapte à l’environnement. En vrac dans des cagettes sur les étals de marché ou sur ceux de vieux bouquinistes, clope au bec, godet de blanc dans une main et roman policier dans l'autre, bien planqués à l’ombre des platanes bordant le fleuve (noir) et ses rivages (noirs).

Et ne viens pas me causer de livres numériques. A l’ancienne, Lucienne ! Tellement peur de perdre les sensations. Manipuler un ouvrage sous toutes ses coutures, tourner avec délicatesse une simple page, retrouver une fois encore l’odeur du parchemin calligraphié. Imprimeur de St Amand Montrond dans le Cher, dealer d’encre noire de mes nuits blanches, je te salue !

Mais par quoi débuter, juvénile lecteur ? Roman, biographie, nouvelle ? Peu importe. Alors file voir ton p’tit libraire, ta gentille bibliothécaire, et embarque pour l’aventure. Franchis la passerelle. Hisse la grand-voile. Largue les amarres. L’évasion. Le voyage imaginaire à peu de frais. Mieux que le cinéma. Tu choisis tes décors et tes acteurs. D’où le problème de l’adaptation sur grand écran.  Rarement en osmose avec ce que tu avais imaginé.
Des auteurs comme autant d’escales. Un écrivain en appelle toujours un autre. J’ai commencé adolescent par un texte de Desproges qui mentionnait F. Cavanna qui évoquait F. Dard qui citait L.F. Céline, etc, etc… Tu m’as compris. Contre-pied parfait d’un prof' de collège qui nous faisait parcourir le chemin inverse en débutant par le « classique » sans posséder le bagage adéquat. Un coup à te former des légions de followers décérébrés. L’horreur. 
Je te laisse. Cendrars le bourlingueur m'attend depuis trop longtemps sur la jetée. Je lève l'encre de nouveau.