Les
jours suivent et se ressemblent. La radio me crache dans le caoua matinal un énième
allongement de la durée de travail. Madame Retraite ricane en compagnie de Monsieur Roblot devant la file d’attente de la boutique Paul Emploi. En attendant, ma place est dans le traffic, cabrelisais-je. Moto,
boulot, dodo. Mais MOTO. Chevaucher triomphalement mon fidèle destrier sorti
d’Hinckley. Plaisir futile quotidien. Même pas une question de vitesse
mais de liberté. Bien mieux que le train, le bus, le métro ou la bagnole.
Sensation d’indépendance pour misanthrope claustrophobe. Toujours ce sentiment
de partir à l’aventure. Rêve hélas éphémère. Into the wild rattrapé au lasso par Brazil.
Un
matin, je ne vais pas m’arrêter. Bref mais rageux coup d’accélérateur. Laisser ce job en
carafe. Finies la routine et les sempiternelles lamentations météorologiques des collègues, les
maigres congés surlignés du calendrier mural dignes d'un bagnard gravant ses bâtons quotidiens sur les murs de sa geôle. Gaz. Crazy rider. Destination inconnue. Pluie d’escales infinie. Juste la Route avec un R majuscule. Le
feu a un pouvoir hypnotique. Personnellement, ce sera davantage les flaques d’eau
virtuelles au bout des lignes droites noyées sous le soleil brûlant me guidant toujours
vers d’autres contrées. Mes lectures sanglées sur le porte bagage. Le Voyage de Céline, Kerouac
ou Mac Carthy dans leur périple apocalyptique. A
l’instar de Redford murmurant aux oreilles de la Jolly Jumper ’s
family, je fredonnerai à mon pur-sang d’acier les refrains de deux honorables contemporains
du rock. Born to run et on the road again. Madame Retraite évanouie dans le
fond des rétroviseurs. Paul Emploi aidant Monsieur Roblot pour la mener à sa
dernière demeure.
Mais
il est tard, monsieur… Faut que je rentre chez moi…