jeudi 4 octobre 2012

Vieux motard que jamais




Les jours suivent et se ressemblent. La radio me crache dans le caoua matinal un énième allongement de la durée de travail. Madame Retraite ricane en compagnie de Monsieur Roblot devant la file d’attente de la boutique Paul Emploi. En attendant, ma place est dans le traffic, cabrelisais-je. Moto, boulot, dodo. Mais MOTO. Chevaucher triomphalement mon fidèle destrier sorti d’Hinckley. Plaisir futile quotidien. Même pas une question de vitesse mais de liberté. Bien mieux que le train, le bus, le métro ou la bagnole. Sensation d’indépendance pour misanthrope claustrophobe. Toujours ce sentiment de partir à l’aventure. Rêve hélas éphémère. Into the wild rattrapé au lasso par Brazil.

Un matin, je ne vais pas m’arrêter. Bref mais rageux coup d’accélérateur. Laisser ce job en carafe. Finies la routine et les sempiternelles lamentations météorologiques des collègues, les maigres congés surlignés du calendrier mural dignes d'un bagnard gravant ses bâtons quotidiens sur les murs de sa geôle. Gaz. Crazy rider. Destination inconnue. Pluie d’escales infinie. Juste la Route avec un R majuscule. Le feu a un pouvoir hypnotique. Personnellement, ce sera davantage les flaques d’eau virtuelles au bout des lignes droites noyées sous le soleil brûlant me guidant toujours vers d’autres contrées. Mes lectures sanglées sur le porte bagage. Le Voyage de Céline, Kerouac ou Mac Carthy dans leur périple apocalyptique. A l’instar de Redford murmurant aux oreilles de la Jolly Jumper’s family, je fredonnerai à mon pur-sang d’acier les refrains de deux honorables contemporains du rock. Born to run et on the road again. Madame Retraite évanouie dans le fond des rétroviseurs. Paul Emploi aidant Monsieur Roblot pour la mener à sa dernière demeure.

Mais il est tard, monsieur… Faut que je rentre chez moi…