vendredi 2 novembre 2012

N'enfoncez pas l'clown !



Les caravanes sont de retour dans ma ville. Le chapiteau fièrement dressé comme le drap de dessus d’un octogénaire hospitalisé pour surdose de viagra absorbé. Le charme désuet des rangées de bancs inconfortables autour de la piste ensablée. Mes princesses ne me demandent jamais de les emmener au cirque. Je leur fais toujours la surprise. Viendra le jour où elles feindront de croire que c’est le froid voire une conjonctivite passagère qui humidifie les yeux de leur paternel quand je les observe en douce applaudir aux exploits des trapézistes et autres jongleurs dans le halo des projecteurs. 

Que veux-tu, lecteur sans cœur, le plus beau métier du monde, c’est Clown. Parfaitement, avec un « C » majuscule. Parce que ce terme est devenu tellement péjoratif voire insultant dans ta bouche. Pauvre idiot. Je te botterais volontiers le derrière à l’aide de mon 86 fillette. Et puis non. Une simple giclée de flotte dans ton œil bovin issue de la grosse marguerite (pas la vache, la fleur,  espèce de con génital) qui orne mon revers de veston multicolore. 

Les augustes me poursuivent depuis tout môme. Ou je leur cours après. Va savoir. La panoplie et le nez rouge, comme premier paravent de ma timidité de jeune bambin. Puis l’assurance provocatrice et rebelle des clowns électriques de feu OTH ou du joyeux merdier des Béru. Enfin, l’âge aidant, l’humour grinçant comme politesse du désespoir. « Il faut se méfier des clowns, ils disent parfois des choses pour rigoler ». Bien jeté, Guy Bedos lors d’un passage au… cirque d’Hiver.

Le bon clown est facilement reconnaissable. Un travail d'orfèvre remis chaque jour sur le métier. Une palette gestuelle aérienne. Noureev revisité par Chaplin. Rien de plus difficile que de jouer la gaucherie adroitement. Le clin d'œil complice qui laisse place à la grosse larme roulant dans la sciure. Un éventail de sons émis qui se veut sobre. Pas du rire forcé, bien gras. Non, de l’élégant, du subtil, du sous entendu. Mais riche en couleurs. Bouquet final de feu d’artifice. Virez moi ces mièvres pastels. Et la prise de risques à chaque représentation. En cela, le clown rejoint son cousin acrobate. Roulement de tambour, perché sur le fil de l'humour, sans filet, du vide au bide, seule la première lettre diffère. Tout un art, je te dis. 

Gloire soit rendue également à celui qui trimbale sa dégaine burlesque et hirsute dans les couloirs lugubres d’hôpitaux pour mômes. Des éclats de rire comme un instant de répit dans la souffrance du quotidien. La plus belle des récompenses. 

Enfin, fidèle abonné à mes scribouillages, t’auras remarqué malgré tes lunettes noires, ta canne blanche et ton labrador beige, que je viens d'évoquer un peuple par nature nomade. La route, encore et toujours. Omniprésente dans mes billets. Pour un prétendu pirate, descendre de Bison Futé, ça jure, non ? Va falloir que je consulte... Tu dis ? Une carte routière ? Ne joue pas au  plus fin, lecteur, Monsieur Loyal vient de te choisir dans le public. En piste.