31 mai 2003. Ca nous remonte loin dirait Céline. Et pourtant
comme si c’était hier. Mon divorce. Non pas que j’y pense tous les jours mais
presque. On ne se remet jamais vraiment d’une séparation. Je la revois souvent.
On se fréquente mais en préservant cette distance. Celle des « ex ».
Fil barbelé invisible néanmoins tellement présent. Peur de retomber morgane
d’elle ? Assurément. Même si depuis belle lurette nos amours sont consumés,
elle ne me paraît pas non plus insensible. Elle devine mes pensées. Si j’osais
et sans prétention aucune, je dirais même qu’elle continue à me provoquer. Me
fait de l’œil, la garce. Une vraie allumeuse quand elle s’y met. Je reste de
marbre jusqu’au jour où… Mémoire de l’abbé Brel et de sa Mathilde. Faut dire
qu’elle est toujours aussi désirable. Frêle et longiligne, ses courbes
parfaites, légèrement arrondies, juste ce qu’il faut, goût éternel de
"reviens z'y". Une beauté incendiaire.
Tourner la page ? Très difficile. Les proches, les amis,
les collègues me rappellent inlassablement à son bon souvenir. Je suis loin
d’être le seul à qui cela est arrivé. J’en suis conscient. Quand tu vis avec
elle, depuis plus de quinze ans, tout ne s'évapore pas comme ça. On respirait
le même air, à l’unisson. Mon oxygène. Et puis le trop plein. Sensation
d’oppression. Un air devenu irrespirable. Le besoin de souffler, d’aller voir
ailleurs. Ca fera jaser les cons, les pousse mégots, tant pis, mais je suis
allé loin, très loin. Jusqu’à virer ma cuti. Pour voir. Ne pas mourir idiot. Un
petit cubain. Simple passade. Et puis j’avale pas.
Mais bien sûr que j’ai fini par la haïr. De toutes mes forces.
A ne plus pouvoir la regarder même en peinture. Son portrait partout. Obsédant.
A devenir dingue. Des crises qui s’amplifient, de faux départ en faux départ,
jusqu’à l’irréparable. D’ailleurs, c’est moi qui l’ai larguée. Je ne m’en vante
jamais. Certains le font par fierté. Pas mon style. Toujours garder en mémoire
le jour où tu lui as déclaré ta flamme. Nous étions sans doute trop jeunes.
Faire bien devant les copains. Montrer qu’on est un Homme. Si j’avais su que
les mâchoires du piège se refermaient. Sans regret. Sa compagnie comme
extincteur de ma solitude.
Voici lecteur, j’espère ne pas t’avoir ennuyé avec mes peines
de cœur. Peut-être trouves-tu que j’ai l’humour éteint cette semaine. Besoin de
s’épancher sur mes amours défuntes. Je ne voulais pas. Le petit angelot et le
diablotin perchés sur mon clavier comme conseillers. « Faut en parler,
Tricao, en bien ou en mal mais ça te soulagera ! ». Alors voilà,
bientôt dix années parties sans fumée, amie fidèle et vénéneuse, tu me manques.
Poison de mon esprit, sur mes lèvres, au bout de mes doigts. Ma cigarette, ma
cibiche, ma sèche, mon clope, mon bout d’mégot, mon clou de cercueil. Me
reviennent inlassablement tes volutes et arabesques incandescentes. Dansent les
gitanes jusqu’au bout de ma nuit.