« Si tu
étais une couleur ? ». Question insolite tôt le matin devant mon mug.
Pas moyen de déjeuner en paix. Plus rien ne me surprend sur la nature humaine.
Eicher avait raison. Melle Proust attablée en face de mézigue, le stylo bien en
pogne. Ifop ou la Sofres ?
Toutefois je pencherais davantage en faveur d’un portrait chinois pondu par
Djeun’s Mag, le mensuel des boutonneuses smartphonophiles et parentophobes.
Fulgurance
de ma réponse malgré le brouillard régnant dans toute cafetière à cette heure
vespérale. Une couleur ? Le noir. Nero. Schwarz. Negro. Black. Quoi pas une
couleur ? Ben tiens.
Noir comme le
caoua du condamné au travail forcé qui me donne les pulsations suffisantes pour
entamer ce marathon quotidien de l’existence. Mon seul dopage mais multi doses.
Noir comme
le regard de ta mère quand je ne me souviens plus ce qu’elle vient de me dire
trente secondes avant.
Noires comme
mes idées devant la trotteuse de ma tocante qui file à la vitesse de ton
enfance bientôt révolue.
Noir comme
l’humour dont j’aime à me servir en tant qu’arme factice pour te provoquer, te
titiller dans tes certitudes, ou par simple politesse du désespoir que
m’inspire le reste de l’(in)humanité.
Noirs comme
les genres littéraire et cinématographique qui me poussent à ouvrir des portes,
à aller à la rencontre d’auteurs me dévoilant l’évasion ou l’écorchure comme
une nécessité.
Noirs comme
les doigts du guitariste de génie faisant pleurer sa Stratocaster sur Red
House, témoin virtuose de la rencontre des notes de couleur autour du blues, du
jazz, du rock, de ce que tu veux mais vivantes à jamais.
Noire comme
la nuit, mon royaume peuplé de princes et de fantômes, de bons apôtres et de
vauriens, de poètes et de bohémiens.
(Interlude
musical. Caser Jimi Hendrix et Daniel Guichard dans le même billet, t’avoueras
lecteur que t’en as pour ton fric, toi l’abonné gratuit du cri flibustier !)
Noire comme la
représentation sobre et ultime de l’élégance vestimentaire jamais très éloignée
de celle de l’esprit si chère à mon cœur. Ne te méprends pas lectrice, il m’est
arrivé de croiser d’accorts clodos et de déguenillés snobinards.
Noir comme
le drapeau qui incite à la révolte, à la mutinerie, elles mêmes issues de la
colère salvatrice. Colère noire évidemment, perspicace lecteur.
Noir comme
le mouton pointé du doigt par la clique bêlante et pour qui je conserve malgré
tout une oreille attentive.
Noir comme
cet écran d’ordinateur devant lequel je cherche l’inspiration toujours dans
l’urgence alors que rien ni personne ne me l’impose. Juste le mode d'écriture
du scribouilleur paresseux ?
Alors, m’dame
Ipsos, heureuse ? Comment ça, ma réponse ne rentre pas dans les cases ? Clooney,
remets la tienne avant qu’j’te flingue, l’ami Ricoré ! What else ? Un
demi-sucre. Puis non tiens, noir.