dimanche 3 février 2013

Manif, naïf, rime riche ?


Manifestation (nom féminin) : rassemblement, défilé de personnes, organisé, en un lieu donné, sur la voie publique, ayant un caractère revendicatif ou symbolique. Ouais. J’ai voulu organiser la mienne. Un bide. Pourtant, c’était la seule cause pour laquelle j’étais prêt à me déplacer, prendre l’air au beau milieu de mes contemporains protestataires.  Abolir la Mort. Pour tous. Toi aussi, lecteur. Le minimum non négociable étant l’acharnement thérapeutique pour mes ennemis. Sacré challenge, non ? Loin devant les autres débats chimériques dont nous sommes abreuvés. Exemple : le mariage pour tous. Honorable intention, ok, mais hormis un défilé d’avocats spécialisés dans le divorce, je ne distingue pas d’autres vrais bénéficiaires. Bref. Je décide donc du parcours sans en informer la préfecture. Jamais compris ça. Tu veux faire chier le monde et planter la zone pour que les autres remarquent ta présence et la défense de tes idées, tu ne vas pas te précipiter dans le premier commissariat venu pour  en indiquer l’itinéraire. Demander l’autorisation d’être en colère ici et maintenant. Non mais franchement ?

Dans le cas qui me préoccupait, j’avais choisi les allées du cimetière de ma commune. Avec dissolution du cortège au crématorium juste après le verre de l’amitié et autres petits fours. Original et cohérent, non ? Sans parler que, question animation, les macchabées devaient être aux anges de voir autre chose que les coutumières gueules d’enterrement. Au final, une participation en demi-teinte. D’après la police venue m’interpeller, j’étais seul. D’après l’organisateur, j’étais cinq cent mille. Je te communique les affluences, Monsieur-je-sais-tout, afin que tu comprennes une bonne fois pour toutes que la moyenne traditionnellement calculée lors d’un cortège peut être parfaitement tronquée. L’interprétation des chiffres, vaste fumisterie qui prêterait à rire si le commun des politiques n’en faisait pas la principale justification de son métier d’imposteur. De plus, les plus grandes manifestations nationales, c’est combien de clampins ? Un million ? Deux millions ? Allez trois millions, les jours non fériés, hors vacances scolaires. Faut pas déconner non plus. Madame-pas-contente-et-fière-de-l-être ne va pas annuler son séjour paradisiaque à Ibiza pour la défense d’un idéal hors normes de Bastille à Nation. Donc, soyons fous, va pour trois millions. Soit moins de 5% de la population hexagonale. Taux énorme si tu es du côté des frondeurs, ridicule si tu considères que les mêmes contestataires sont des moutons venus soutenir l’establishment en place. On marche mais on n’avance pas.

Alors je vous vois venir. Comment exprimer son mécontentement autrement que par le biais de la manif et du bulletin de vote, hauts symboles de la naïveté pour le pirate ? Y’aurait bien la guérilla urbaine. Mais j’ai égaré la recette de M. Molotov et la rubrique coktails de Marmiton.com ne semble pas à jour. Puis je cours bientôt aussi vite qu’un gastéropode asthmatique charriant Lance Armstrong dans sa coquille. Mais d’autres s’en chargeront. Que les mômes me laissent le temps d’écluser sur le Bon Coin le stock de pancartes et banderoles de mon ultime manif. Besoin de thunes. Je dois repartir. Hisser les voiles. L’horizon m’attend. Durant mon absence, fidèle abonné, merci de ne pas organiser une marche blanche en hommage à mes écrits sur fonds noir. Ce serait déplacé. En outre, le gardien du cimetière a des consignes du Maire. Gaffe.