« Règle
de base. N’avoue jamais. Même devant l’évidence. Première loi de l’école de la
rue. Idem chez les flics. Puis dans le bureau du juge. Enfin, dernière escale
parfois, applicable aussi en zonzon. » Dixit un vieux pote marginal dans
l’âme. Perdu de vue. Mais pas de mémoire ni de cœur. Son principe toujours en
vigueur dans toutes les strates de la société. Jusqu’au plus haut de l’échelle.
Chef d’Etat compris. Si tu reconnais quoi que ce soit, tu es mort. Ne serait-ce
qu’une infime partie. Toujours droit dans tes bottes. En toutes circonstances.
Le b.a.-ba du voyou ou du politicard ambitieux (pléonasme ?). Ne rien
laisser traîner. Tu effaces, au propre comme au figuré. Tous les moyens sont
bons. Tous les coups sont permis. Cap pas trop compliqué à maintenir jusqu’au
jour où… Alors voilà, on en est là. Pas une question de parti, de clivage.
Droite, gauche, centre ou extrêmes. Même combat. Mais toi, le cocu tricolore,
tu es content. Les lynchages collectifs te font bicher (argot de vioques) ou kiffer
(djeun’s touch). Ca ne t’ôtera pas le goût d’aller arborer ta brème d’électeur
à la prochaine. Et l’homme descendrait du singe ? Cent fois plus du mouton,
je te dis ! C’était bien la peine d’aller faire chier les Dolly écossaises.
Soixante cinq millions de clones au garde-à-vous. Parce que tout sauf le
désordre. Nécessité absolue d’être sous l’emprise d’un patron, d’un chef, d’un
guide. Peu importe qu’il soit menteur, voleur, tricheur, etc. mais une
référence pensante. De posséder un bon bouc émissaire aussi. Pratique en plus.
Pour ce qui te sert de conscience. « Ce n’est pas ma faute à moi, c’est
lui le coupable. Ben oui, j’ai voté pour lui, je lui ai donné les pleins
pouvoirs. J’pensais pas faire mal, Sire. Vous avez vu ce qu’il en a fait ?
Une honte. » BANDE DE TOCARDS.
Bien beau
mon discours anti tout, enfin surtout anti toi, mais concrètement, on fait
quoi ? Toi, je sais. Toujours à te planquer. En attendant la fin de
l’orage. Le courage personnifié. A ricaner dans l’isoloir. Pensant foutre la
pagaille avec ton pseudo vote contestataire justifiant l’inqualifiable. Ou
alors l’autre versant. « Un qui gicle ? Une bonne place à prendre.
Et pourquoi je ne goûterais pas au gâteau ? ». Soif de pouvoir,
d’en être, par ici la monnaie, le buste en avant, la tête haute, les mains
propres. Admirablement con comme un slogan des années 80. Je sais. Des comme
toi, il s’en pointe des centaines. A chaque élection. A te faire miroiter des
promesses intenables. Des palanquées d’Iznogoud en herbe. De poste municipal en
siège suprême. Pas prêt d’en voir la fin. Hélas. Je ne crois pas que mon avenir
soit entre les mains d’un autre. Je t’invite à en faire autant. Attention, pas la
révolution du grand soir. Celle qui rêve de mettre des nouveaux cons en
remplacement des cons en place. Non. Juste des petits gestes du quotidien.
D’élémentaires actions de proximité en opposition aux lois imposées à tous et
en toutes circonstances. Besoin de légiférer, mon cul. Le système D en
bandoulière. Aider sans attendre de contrepartie. De médaille. Dépendre du
moins de gens possible. Reprendre ton autonomie. Sectionner les fils du pantin
que tu es devenu. Ne plus suivre personne. Et encore moins les livres. Saints
ou pas. Idéologies de groupe qui te dictent ce qui est censé être bon pour toi.
Foutaises. Indépendance totale de pensée, de parole, d’actes. Refuser de serrer
la main de celui qui t’assassine une fois le dos tourné. Changer tes habitudes
d’esclave ou de profiteur, ta morale en carton, t’ouvrir sur l’inconnu,
repousser ta peur de l’autre, du différent. Rejeter le « diviser pour
mieux régner ». Facile à dire ? Je n’ai jamais écrit que ça allait
être simple. Commencer par dire NON. Et l’effort de proposer autre chose derrière.
Maintenant, fais comme tu veux. J’ai déjà largué les amarres. L’action
individuelle face aux chants des sirènes politiques. Tu es libre. Et le temps
presse. Nous sommes au bord du trou, de l’asphyxie. Ceux qui nous gouvernent
ont déjà fait un grand pas en avant. Envie de rejoindre le gouffre de Padirac Cahuzac ?