Avec mon parachute en torche
Et ma gueule de Caterpillar
Paraît qu'je viens d'une catastrophe
Mais les dieux sont pas très bavards
J'étais la sainte Vierge des paumés
La p'tite infirmière des fantômes
J'raccommodais les yeux crevés
J'rafistolais les chromosomes
Et nous avions des gueules à briser les miroirs
A ne montrer nos yeux que dans le contre-jour
Mais entre deux délires, entre deux idées noires
Nous étions les plus beaux, nous vivions à rebours
Si un jour je r'trouve la mémoire
Et deux trois bières pour ma moquette
J'balancerai à la série noire
Un truc à faire chialer Hammett
J'ai quelque mauvais don d'acrobaties verbales
Surtout les soirs d'hiver quand j'suis black et d'équerre
Tel un douanier Rousseau du graffiti vocal
J'fais des bulles et des rots en astiquant mes vers
J'ai ma bombe à étrons et j'ai mes Droits de l'Homme
Et j'ai ma panoplie de pantin déglingué
Et j'ai ces voix débiles qui m'gueulent dans l'hygiaphone
Ne vous retournez pas la facture est salée
Et je cherche un abri sur une étoile occulte
Afin d’me tricoter des œillères en catgut
Je m’arracherais bien les yeux mais ce serait malveillance
Vu que j’ai déjà vendu mon cadavre à la science
Les mollards sous les papillons
L'hémoglobine sur mes stigmates
Ma treille bouffée par les morpions
Et ce putain de soleil qui me délatte
Je me sens coupable de garder mes lunettes noires de vagabond solitaire,
Alors que la majorité de mes très chers compatriotes ont choisi de remettre
Leurs vieilles lunettes roses à travers lesquelles on peut voir
Les pitreries masturbatoires de la sociale
En train de chanter c'est la turlute finale !
Manipulez-vous dans la haine
Et dépecez-vous dans la joie
Le crapaud qui gueulait: "je t'aime"
A fini planté sur une croix !
Et les voila partis vers d'autres aventures,
Vers les flèches où les fleurs flashent avec la folie
Et moi je reste assis les poumons dans la sciure
A filer mes temps morts à la mélancolie.
Pendant que mes ennemis amnistient leur conscience
Que mes anciens amis font tomber leur sentence
Les citoyens frigides tremblent dans leur cervelles
Quand les clochards lucides retournent à leur poubelle
Les sergents-recruteurs me demandent au parloir
Avec des mégaphones pour compter les élus
Les sergents-recruteurs me jouent le jour de gloire
Mais moi j’suis mongolien chromosome inconnu
La terre est un Mac Do recouvert de ketchup
Où l'homo cannibale fait des gloups et des beurp
Où les clowns en treillis font gémir la musique
Entre les staccatos des armes automatiques
A l'ombre de vos centrales, je crache mon cancer
Je cherche un nouveau nom pour ma métamorphose
Je sais que mes enfants s'appelleront vers de terre
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"
Le jour où les terriens prendront figure humaine
J’enlèverai ma cagoule pour entrer dans l’arène
Et je viendrai troubler de mon cri distordu
Les chants d’espoir qui bavent aux lèvres des statues
On n'entend plus crapuler dans le vent
Les discours des leaders et des tribuns
Tous les mornes aboyeurs de slogans
Les sycophantes et les théoriciens
Les chiens t'attendent au bout du quai
Avec des plumes et du goudron
Ils vendent des orgasmes en sachets
Mais font la gerbe en location
De la folie des ombres à l'alchimie des heures
On se perd dans le nombre infini des rumeurs
C'est juste une pénombre au fond de la douleur
C'est juste un coin trop sombre au bout d'un autre ailleurs
Quand les clochards opposent la classe et l'infini
A la vulgarité glauque de la bourgeoisie
Quand les valets de cour, plaideurs pusillanimes
Encombrent de leurs voix nos silences et nos rimes
Là-bas, sur les terrains vagues de nos cités
L'avenir se déplace en véhicule blindé
Symphonie suburbaine et sombre fulgurance
À l'heure où les sirènes traversent nos silences
Des visages incolores, des voyageurs abstraits
Des passagers perdus, des émigrants inquiets
Qui marchent lentement à travers nos regrets
Nos futurs enchaînés, nos rêves insatisfaits
Les gens tristement quotidiens
Dans leur normalité baveuse
Traînent leur futur d'euro-pingouins
Au bout d'leurs graisses albumineuses
Et l'on pousse à fond les moteurs
A s'en faire péter les turbines
C'est tellement classe d'être looser
Surtout les matins où ça winne
Le jeu de la folie est un sport de l'extrême
Qui se pratique souvent au bord des précipices
Où dans les yeux des filles au bout des couloirs blêmes
Des labyrinthes obscurs aux fumeux artifices
Au nom du père, au nom du vice
Au nom des rades et des mégots
Je lève ma Guinness et je glisse
Dans la moiteur des mélancos
Je suis le rebelle éclaté
Au service de sa majesté
La reine aux désirs écarlates
Des galaxies d'amour-pirate
Et mon regard prélude
Le jeu de la pudeur
Quand par manque d'habitude
On s'méfie du bonheur
Mais toi tu squattes ailleurs dans un désert de pluie
En attendant les heures plus fraîches de la nuit
Et tu me fais danser là-haut sur ta colline
Dans ton souffle éthéré de douceurs féminines
Pas b'soin de télescope pour suivre ta beauté
Quand tu viens t'acharner à me faire espérer
Mais j'suis fait d'une matière débile indélébile
Et je n'sais plus quoi faire pour me rendre inutile
Et je n'sais plus quoi faire pour te décevoir
C'est juste une fille un peu rétro
Qui rêve d’être une Panzer Frau
Et qui me déguise en nymphomane
Pour que je me tape son doberman
Alors je rêve d’être un fusil
Un bazooka, un bombardier
Ou bien encore un champ de mine
Où tu viendrais te faire sauter
Mon blues a déjanté sur ton corps animal
Dans cette chambre où les nuits durent pas plus d'un quart d'heure
Juste après le péage assurer l'extra-ball
Et remettre à zéro l'aiguille sur le compteur
Mais si t'as peur de nos silences
Reprends ta latitude
Il est minuit sur ma fréquence
Et j'ai mal aux globules
Reprends tes walkyries pour tes valseurs maso
Mon cheval écorché m'appelle au fond d'un bar
Et cet ange qui me gueule : « viens chez moi, mon salaud ! »
M'invite à faire danser l'aiguille de mon radar
A l’aube on était vermoulu, pressé comme le raisin
Avec lequel les dieux fabriquent l’Ambroisie-Chambertin
Puis j’ai mis ma dernière tournée en me demandant
Si les morts s’amusaient autant que les vivants
Tout est de ma faute en ce jour
Et je reconnais mes erreurs
Indifférent à tant d'amour
J'accuse mes imbuvables humeurs
Ça peut durer jusqu'à toujours
A moins que l'on ait le courage
De se dire merde un beau jour
Et de mettre fin au naufrage
Ça sent la vieille guenille et l'épicier cafard
Dans ce chagrin des glandes qu'on appelle l'Amour
Où les noirs funambules du vieux cirque barbare
Se pissent dans le froc en riant de leurs tours
Et j’imagine le rire de toutes nos cellules mortes
Quand on s’tape la bascule en gommant nos années
J’ai gardé mon turbo pour défoncer les portes
Mais parfois il me reste que les violons pour pleurer
D'ivresse en arrogance
Je reste et je survis
Sans doute par élégance
Peut-être par courtoisie
Que ne demeurent les automnes quand sonne l'heure de nos folies
J'ai comme un bourdon qui résonne au clocher de ma nostalgie
Les enfants cueillent des immortelles, des chrysanthèmes, des boutons d'or
Les deuils se ramassent à la pelle en bas dans la ruelle des morts
Inutile de graver mon nom
Sur la liste des disparus
J'ai broyé mon propre horizon
Et retourne à mon inconnu
(Morceaux choisis de 43 textes d'Hubert Félix Thiéfaine)
samedi 21 mars 2020
samedi 31 décembre 2016
La nuit promet d'être belle
The
end. Générique. Clap de fin. Enfin. 2016 se tire. Crève bien année moisie ! Alors quoi ? Bienvenue 2017 ? Rien
à battre non plus. Là normalement, après ce préambule dithyrambique sur le
passage d’une année à l’autre, tu te dis, lecteur, que le Pirate est encore
d’humeur aussi noire que le pavillon de son rafiot et qu’il se rapproche un peu
plus chaque hiver de son suicide. Ben non. Je viens juste scribouiller mes
états d’âme à l’instant T contrairement au dépressif qui se jette pieds joints
de son huitième étage et dont la seule chose qui lui passe par la tête, c’est
sa colonne vertébrale. Tiens, au fait lectrice, toi que je sais cultivée
puisque tu me lis depuis lulure, saurais-tu m’expliquer pourquoi nous évoquons
l’instant T et non pas l’instant I à l’instar du jour J et de l’heure H ? Le
T parce qu’unité de Temps et le I serait déjà utilisé pour l’Intensité en
physique ? Simple hypothèse. Pas la peine de me répondre même par SMS ou courrier
mail, je m’en pète un rein ou alors à la limite, innovons avec le quart d’heure
Q rien que pour nous gausser de ces expressions à la con. Bon alors, envie de trépasser,
le Pirate ? Moins que jamais. Et au nom de quoi j’irai anticiper une fin de
toute façon inéluctable puisque la science continue de refuser de se pencher
sur le maxi cancer à deux lames qui nous guette tous : la Connerie jumelée
à l’arme atomique. Je ne suis pas pressé et puis j’ai des choses super importantes
à terminer : les intégrales de Dard, de Céline, de Cavanna, écouter les
derniers opus de Saez et Sanseverino, voir le biopic sur Chet Baker, rire aux ultimes
bulles de Gotlib, etc. Ah, Gotlib… Putain, Marcel, dans ma précédente
scribouille, je te demandais de prendre soin de ta santé et toi, qu’est-ce que tu
fous, tu calanches pour rejoindre tes illustres potes Franquin et Goscinny !
Heureusement que je ne suis pas superstitieux. Mais j’ai pris des places pour
les tournées 2017 de David Guetta et Jul, on ne sait jamais. Bref.
J’en étais où ? Ah oui !
Mourir. Ouais, la belle affaire mais vieillir nous chantait Brel. Vous me
manquez, Monsieur Brel. A ce propos, juste un petit aparté. Ne fais pas la
gueule, lectrice, les digressions sont souvent ce qu’il y a de plus intéressant
chez les grands écrivains. Hum, hum. Donc soliloque car je suis sur
mon blog et je fais ce que je veux, ok ? Sans blague… As-tu remarqué
lecteur (je m’adresse à toi car la lectrice est partie faire la gueule) que mes
références littéraires évoqueraient quelque peu la naphtaline pour peu que
tu n’ais pas saisi toute la quintessence de leur œuvre ? Ce dont je doute
bien entendu… Hein ? Rassure-moi, lecteur… Vu que tu ne peux pas venir
écrire tout le bien que tu penses de mes billets, fais un signe approbateur du
chef devant ton écran, cela suffira. Bien. J’ai conscience que mon Panthéon
culturel se rétrécit comme peau de chagrin au fil du temps qui passe. Suis-je
plus sévère avec la nouvelle génération bien portante ? Peut-être… Mais
quand je tombe sur le palmarès des personnalités préférées de mes compatriotes,
permets-moi de douter sur le fait que nous vivons dans le même pays. Mais j’y
reviendrai un de ces quatre. Pas que je m’ennuie avec vous, mais de majestueux fantômes,
squelettes et autres pendus sans cravate m’invitent à faire danser l’aiguille
de mon radar. Pour que rien n’arrive de fâcheux aux deux poètes bien vivants à
qui j’ai emprunté cette ultime image, je ne citerai que leurs initiales : J.H.
et H.F.T. Sachant que pour le premier nommé, il ne s'agit pas de notre sémillant Johnny
Halliday national. Euh Johnny H, pardon… Trop tard... Croque-morts, allumez le
feu !
jeudi 25 février 2016
Avec le temps, Léo, avec le temps...
Je t’ai déjà causé de l’angelot
et du diablotin qui s’affrontent lors de mes réflexions sur des sujets
épineux ? Sûrement. Sinon tu n’as
qu’à imaginer le tableau composé d’un avocat à auréole dorée et ailes dorsales et
d’un procureur à trident aiguisé et cornes frontales dessinés par Gotlib ou
Maëster (je vous aime, prenez soin de vous) perchés à hauteur de mon oreille,
s’étripant dans un procès haut en couleurs. Affaire du jour : Bertrand
Cantat. Toujours pas résolue. D’un côté les réquisitoires, ne plus parler de
l’assassin, boycotter sa musique, trouver indécent le fait de remonter sur
scène, etc. De l’autre les plaidoiries, sa dette payée, est-il possible
d’interdire à un repris de justice d’exercer à nouveau son métier même
médiatique, séparer l’œuvre de l’artiste des actes de l’homme, etc. Bref. Moi,
au milieu de tout ça, comme un juré que je refuse d’être.
Je pourrais faire comme
certains. L’autruche. Essentiellement les radios. J’écoute, je parle de ses
disques mais sans prononcer le nom de l’infâme. Je cours à ses concerts en
rasant les murs et priant de ne croiser quelque connaissance. Ou alors pérorer ici
ou là qu’il fait maintenant « de la merde », nostalgie de Noir Dez,
blablabla. Tu les connais, lecteur, ces courageux de l’ordinaire, ces
opportunistes chers à Dutronc. Mais voilà. Je ne suis pas un média, je trouve
le groupe Detroit excellent de sobriété, mélange de poésie et de rage. Un rock
jubilatoire. Et je n’arrive pas à dissocier l’auteur-compositeur Cantat, un des
plus doués de sa génération, de l’assassin Cantat, bourreau de Marie
Trintignant et indirectement de Kristina Rady, si j’en crois les gazettes bien
mieux renseignées que les magistrats instructeurs. La presse people attirée par
l’odeur du sang. Meurtre au sein d’un couple médiatique. La rock star qui
élimine son égérie. L’aubaine. Condamné à perpétuité même dehors. Quand
l’émotionnel l’emporte sur la raison. Sujet de société de plus en plus présent
dans ma lucarne. Observe Delahousse, Pujadas & Co, lectrice, et reviens me voir.
J’en suis au stade des
délibérations. L’angelot et le diablotin se sont rassis. Je vous laisse à vos
conflits sur le courage ou la provocation de montrer à nouveau sa trogne en
public, au droit à la seconde chance ou à la condamnation irrévocable. L’artiste
rocker n’est pas dangereux. L’homme l’a été, par jalousie, écorchure,
agressivité incontrôlée, ce n’est pas à moi de définir les instruments du
crime. Lecteur, tu peux trouver ce billet anachronique. Faut dire que j’ai
longtemps laissé infuser. Mais je crois que le débat ne sera jamais clos. Une
sorte de traversée du désert. Tempêtes de sable et soleil brûlant se succèdent.
A la recherche d’un nouveau monde, d’un nouveau souffle. Le vent nous portera.
Tout disparaîtra.
mercredi 18 novembre 2015
Vendredi 13, samedi 14, et tous les autres jours...
Vendredi 13 novembre. Journée
internationale de la gentillesse. T’en penses quoi, toi l’abonnée du blog du
Pirate, mais également fidèle lectrice de Psychologies Magazine, preuve vivante
que l’on peut très bien mélanger torchons et serviettes fussent-elles
périodiques. Parce que pour ma part, j’ai bien peur que cette initiative n’ait
pas été entendue par tous à sa juste valeur. Peu de chances que ces barbares de
djihadistes aient renouvelé leur abonnement sinon auraient-ils pris le soin d’annuler
leurs méfaits sanglants ou au pire de les reporter jusqu’à la sortie du
Beaujolais Nouveau, enfin merde quoi. « Barbares de djihadistes » ???
Où ai-je la tête pour scribouiller pareille sottise, nom d’un prophète ! Veuille
bien, lecteur, accepter mes plus plates excuses pour cet affreux pléonasme. Promis
je ne le referai plus, croix de bois, croix de fer, si je mens j’irai en enfer
ou pour les plus athées d’entre vous, à un concert de techno, ce qui équivaut,
à la même terrible sentence pour mézigue. Bref.
Nous voilà donc en période de deuil
national. Les messages de paix affluent de toute la planète et chacun de se
débrouiller avec sa peine, sa colère, sa peur. Suis-je triste ? Bien
entendu. Voir de jeunes mecs largués socialement (ou pas d’ailleurs), mais endoctrinés
par des fous extrémistes (putain Tricao, second pléonasme, au prochain c’est David
Guetta en boucle jusqu’à ce mort s’ensuive), exterminer des anonymes de leur
âge en train de partager un moment chaleureux et amical qui autour d’un bon
verre, d’un bon repas, d’un concert, etc. Comment veux-tu accepter ça ?
Suis-je en colère ? Plus que jamais ! Contre ces assassins évidemment
mais aussi contre ceux qui récupèrent ces actes odieux à des fins politiciennes
et partisanes. Union nationale ou internationale, mon cul ! Je refuserai
toujours de marcher bras dessus bras dessous avec ceux qui veulent nous diviser
en nous imposant une seule culture, un seul moule, une seule bannière, un seul drapeau. De même, je
conchie ceux qui signent avec le sang de leur peuple nos registres de
condoléances.
Ai-je peur ? Oui. Mais pas
de ce tu crois, lecteur. Pas du terroriste qui aurait davantage tendance à me
foutre en renaud devant la lâcheté sans nom des actes du susmentionné : parce
que toi, oui toi le GI Joe de banlieue, le lobotomisé mi- religieux, mi-cromania,
surentraîné au maniement des armes, des
explosifs et de la console vidéo qui préfère te mesurer à de jeunes épicuriens
seulement épris de bonne chair, de musique et surtout de vivre ensemble, je ne
te crains pas. En revanche, j’ai une frousse terrible de quitter ce monde en
ayant pour dernière et unique vision ta sale gueule de con en train de me tirer dessus, de me
découper à l’Opinel rouillé (alors que si ça se trouve mon vaccin antitétanique n’est
plus à jour), ou de m’éparpiller façon puzzle au prochain concert du fringuant Sansévérino.
Penser que le jour où nos routes se croiseront, je ne pourrai plus, en
compagnie de mes potes, boire une bonne Trappiste Rochefort 8, manger une
succulente choucroute royale chez Georges, aller écouter du rock même pas
satanique et pourtant dieu sais-je ma compassion pour le Diable, lire et
relire l’intégrale de Cavanna, co-fondateur de Charlie, et surtout embrasser les
miens, leur dire que je les aime, que la vie vaut le coup de rester debout sans
jamais se mettre à genoux devant l’innommable.
Alors lecteur, lectrice,
prenez soin de vous et n’omettez pas de profiter de la vie. Paix. Peace.
Frieden. Pace. Salam. Shalom. Et dans toutes les autres langues que
malheureusement j’ignore.
mardi 3 novembre 2015
Back in black
Lectrice, je ne te salue pas. Oui
tu as bien lu, nul besoin de réajuster ta monture Goûtdechiottes ou Verresàchier,
je ne te salue pas. Quant à toi, lecteur, ne sois pas jaloux de cet accueil
pour le moins abrupt, je sais ton engouement pour la parité, enfin du moment
que madame reste devant ses fourneaux et torche tes mômes sans trop la ramener,
donc à ton tour de ne pas recevoir mes hommages du jour. A peine de retour sur ton
écran et déjà de mauvais poil ? Sans blague ! Parce qu’il faudrait que je trépigne
d’allégresse contenue avec tout ce qu’il se passe ? Devant tout ce qui te
laisse de marbre ? Après presque dix mois de silence radio où je t’ai
laissé les clés en toute confiance, je pars hiberner l’esprit serein loin du
chaos mondialo-médiatico-sociéto-politico-économico-culturo-ettuttiquanti, je réintègre
mes pénates et c’est le bordel plus que jamais !
Bien forcé de revenir
scribouiller ma mauvaise humeur à ta plus grande joie. Si, si, à ta plus grande
joie et ne commence pas à me faire chier sans quoi je me trisse recta !
Alors, quoi de neuf ? Ben pas grand-chose, à vrai dire. L’Homo-Citadinus
devient de plus en plus con. Je m’en doutais depuis belle lurette mais là, c’est
le Guiness Book de la monstruosité qui enregistre chaque seconde passée sur
notre bon vieux caillou. Déjà que je récupérais difficilement de l’attentat
perpétré contre mes vieux Charlie’s boys. Tu as vu comment le soi-disant glorieux
« esprit Charlie » né le 11 janvier s’est dissous au fil des mois ?
Tu as déjà tout oublié, tout enseveli
sous les infos dégueulées par tes multi écrans. Et c’est reparti pour un tour :
la montée du FN avec 2017 en point de mire, le fanatisme religieux galopant, sans
migrants pas de Calais, le PSG loin devant en Ligue 1, etc.
Et ton Pirate préféré au milieu
de tout ça ? A peine zen. J’observe, je lis, je me garde bien d’intervenir.
Ne pas réagir à chaud. Je ne te dis pas que certains soirs, je ne tirerais pas
dans le tas. Que je n’irais pas t’immoler en place publique. Féérie d’essence. Que
je ne donnerais pas dans l’hémoglobine. Sang pour sang boucherie. Que l’amour
de mon prochain ne tient plus qu’à un fil. Si ténu qu’il m’empêche quand même de
pulvériser d’un ciseau acrobatique ou d’une balle à bout portant la lucarne
audiovisuelle familiale. De descendre dans la rue pleurer, crier, hurler,
casser, frapper, balancer, enfin bref, tout verbe de premier groupe du moment
que je sois soulagé de cette rage débordante.
Alors je remonte
sur le pont. Je reprends le clavier. C’était ça ou le flingue. Sois heureux, lecteur, même si tu n’es
pas tiré d’affaire avec ta lobotomie. Quand tu auras fini de faire la gueule,
lectrice, n’oublie pas de débrancher ton écran pour libérer une connexion sur ce
qu’il te sert de cerveau. Economie d’énergie avant tout. La dernière chose dont
tu vas avoir besoin dans un futur proche. Le reste n'est que superflu. Comme ce billet d'humeur. Mais je suis de retour. En noir. Riff d'Angus Young. Ad libitum.
jeudi 8 janvier 2015
Je suis Charlie
"Rire, bordel de
Dieu"
Peins un Mahomet glorieux,
tu meurs.
Dessine un Mahomet rigolo, tu meurs.
Gribouille un Mahomet ignoble, tu meurs.
Réalise un film de merde sur Mahomet, tu meurs.
Tu résistes à la terreur religieuse, tu meurs.
Tu lèches le cul aux intégristes, tu meurs.
Prends un obscurantiste pour un abruti, tu meurs.
Essaie de débattre avec un obscurantiste, tu meurs.
Il n’y a rien à négocier avec les fascistes.
La liberté de nous marrer sans aucune retenue, la loi nous la donnait déjà, la violence systématique des extrémistes nous la donne aussi.
Merci, bande de cons.
Dessine un Mahomet rigolo, tu meurs.
Gribouille un Mahomet ignoble, tu meurs.
Réalise un film de merde sur Mahomet, tu meurs.
Tu résistes à la terreur religieuse, tu meurs.
Tu lèches le cul aux intégristes, tu meurs.
Prends un obscurantiste pour un abruti, tu meurs.
Essaie de débattre avec un obscurantiste, tu meurs.
Il n’y a rien à négocier avec les fascistes.
La liberté de nous marrer sans aucune retenue, la loi nous la donnait déjà, la violence systématique des extrémistes nous la donne aussi.
Merci, bande de cons.
(Charb, Charlie Hebdo,
octobre 2012)
mardi 30 décembre 2014
O Sana au plus haut des cieux !
Alléluia
mes frères ! O Sana, ô Sana et en route pour la joie ! Un sympathique père
Noël savoyard vient de me balancer par la cheminée les derniers opus de
San-Antonio qui font que je devrais avoir exploré (enfin !) l’intégrale
des 175 aventures du célèbre commissaire plus de trente ans après les avoir
entamées ! Mais surtout big up à toi mon Fredo comme jactent les mômes !
En juin prochain, ça f’ra quinze piges que l’plus turbulent de nos z'auteurs
populaires a mis les adjas. Qu'y s'est carapaté pour le paradis des scribouillards
de haut vol où il a sûrement retrouvé ses chers potes Boudard et Simonin entre
autres joyeux drilles de la pensée sournoise sur parchemin. Ah, mon Fredo, si
tu savais comme tu me manques ! Des gars de ta trempe, ça n’devrait pas avoir
l'droit de casser sa pipe. Et pis d'abord, t'as demandé la permission à qui,
hein ? Mézigue, en tout cas, j’ne te l'aurais pas donnée ! Nul n'est
irremplaçable, qu'y bavent les parvenus du clavier branchouille ou du stylo en
berne. Foutaises ! Décrété et reconnu d’utilité publique le Tonio,
ouais ! Enfin, la seule, l’unique preuve, c'est que tu n'as pas été
remplacé ! Aveugle lectrice, bigleux lecteur, si qu’vous voyez passer un
nouveau génie des Lettres Francaouises, mettez-moi au jus, sortez le klaxon
trois tons en acier chromé que j'partage l'allégresse collective, que
j’alleluiaïse sur l’autel de la page blanche immaculée, qu’j’grimpe au rideau
de fer de ma cellule d’isolement ! Mais non… J'ai beau scruter serein (ne
vois-tu rien venir ?) l'horizon littéraire, m'écarquiller les châsses la pogne
en visière, j'en vois pas lerche qui méritent l'attention et à peine deux
trois, même avec les échasses publicitaires qu’on leur octroie, qui
t'arriveraient à la cheville, mon Fredo.
« Non
mais dis donc, le flibustier d’eau douce et d’âpre whisky, tu pousses pas le
bouchon un peu loin là ? Y t’reste pas un zeste de raison clapotant entre deux
icebergs de dinguerie ? me rétorqueront les chétifs du bulbe et les
encombrés de la rate. Ton Frédéric Dard, il avait un brin de plume, certes,
mais raison gardons ! Ses books à deux balles, c'est quand même pas le Petit Prince
de l’autre Toine de Saint Ex' ou l’Marcel Proust (prout !) issus de la Pléiade dorée sur
tranche ! » Ben non, c'est pas. Mais c'est drôlement chouette quand même,
les affreux ! Ah, ce fade que je prends quand je ligote ça ! Moi, ouvrir
un San-Antonio, c'est ma friandise préférée... Ma p'tite gourmandise...
Mieux qu’un Mon Chéri ou un Rocher de l’ambassadeur de mes belles deux ! Juste
ce que je m'envoie entre deux portes, entre deux lectures dites
"sérieuses", en loucedé, pour me dévergonder les neurones. Me
dérouiller les zygos. M'évader de la couennerie ambiante. Polar ou pas, quelle
importance, Hortense ! Dès que je plonge là-dedans, j’ai le palpitant qui
bat la breloque, le tocsin qui sonne l’Angelus sous ma soutane en bronze, tant sa
prose pétille mieux que du Ruinart en caisse de six. Ah ce qu'elle
cul-cul-la-praline la prose du romancier lambda à côté de celle, si délurée et
si constamment créative, de l'ami Dard. Avec lui, c'est fête à chaque phrase !
Calembours en cascade ! Métaphores à volonté ! Feu d’artifice ou
d’artifesses ! Des big bioutifoules dont j’te dis qu’ça !
Quoi
l'histoire ne tient pas debout ? Mais on s'en tamponne le dargif du scénar,
Balthazar ! Laisse ça aux trépanés du thriller à poils durs qui veulent à
tout prix que Bill s’emmanche bien sur Boquet. Pis c'qu'il y a de bath chez le berjallien,
c'est d'abord sa verve, sa gouaille, sa virtuosité argotique. La godille de la
jactance. L’art du planter de bâton (de Berger comme disait la môme France
Gall). Cette façon qu'il a d'interpeller son lecteur à tout propos, de le
tutoyer, de le rudoyer, de lui balancer de temps à autre, en force ou à la
sauce Panenka, un bon péno dans les joyeuses pour l’sortir de ses certitudes de
pacotille, de ses avis définitifs de bazar, au baltringue de service. Ce don
scribouillard qui fait, qu'au bout de trois lignes, tu te crois au troquet du
coin, accoudé au zinc à esgourder un pote facétieux qui te bonnit la dernière
entre deux caouas matinaux.
Et
pis allez, avouons-le, un des grands charmes de ces aventures, c'est bien d'y
retrouver le gars Béru, non ? Ah, le natif de Saint-Locdu-Le-Vieux...
Que serait Sherlock sans Watson ? Laurel sans Hardy ? Tintin sans Haddock
? Black sans Decker ? Ben ici, c’est du kif. Que serait San-Antonio sans
l'Enflure, le Gravos, le Mastar, le plus célèbre interprète des Matelassiers,
hein, je vous le demande ? Moi, je t'aime, Béru. T’es crasseux, vulgaire,
inculte, goinfre, soûlard, pétomane, j'en passe et des moins bonnes, toujours
entre un calendos suintant et un kil de rouge tire-bouchonné, ton éternel bitos
vissé sur le crâne, c'est peu dire que tu possèdes un parler rustique mais il
s'en dégage, paradoxalement, une sorte de poésie inexplicable, loufoque,
monstrueuse. Béru, c'est le gars sans tabou, sans complexe, qui fait ce qu'il
veut, quand il veut, où il veut sans se soucier des manières, de la bienséance,
du qu'en-dira-t-on. C'est le zig libéré des convenances, des usages, du
savoir-vivre ordinaire. Il nous venge, par procuration, de toutes ces petites
choses qu'on s'interdit de faire ou de dire quotidiennement en société, pour ne
pas choquer son prochain. Bérurier, lui, se lâche tous azimuts, sans malice, en
toute candeur, la bonhomie chevillée au corps et à l'âme (çon tordu pour
pêcher, c’est le pied). Ce qui, bien sûr, ne l'empêche pas d'être aussi un
poultok de première bourre qui vous la souhaite bien bonne, si j'ose dire…
Y a mille raisons d'aimer tel ou tel auteur.
Moi, j'aime San-Antonio parce qu'il me met de bonne humeur, tout simplement. Il
me réconcilie avec la vie quand j'ai le moral en cale sèche ou la viande qui
récalcitre. Elles ne sont pas seulement drôles, bien fichues et jactées cinq
étoiles, ses petites aventures truculo-trouducuto-policières. On y trouve
aussi, mine de rien, une forme de philosophie pratique, un chemin buissonnier
d'insouciance, de dérision, d'autodérision. Qui te rend plus humble, moins con,
alors que t’avoueras, c’était mal barré, lecteur. Qui te remet en perspective
les petites mouscailles de l'existence, les menues misères du quotidien.
San-Antonio, c'est l'art de ne rien prendre au sérieux. De rigoler de tout. Sur
et avec n’importe qui. La grande partouze de l'humour libre. De savourer la vie
côté gaudriole. Dans cette époque de panade et coincée de la pensarde, quoi de
plus indiqué ? Merci pour tout, Fredo. Et à toi aussi, lectrice ou lecteur
anonyme ou non, à qui j'ai emprunté la substantifique moelle de ce
scribouillage. La quintessence en jerricans de cinq litres. Espérant ainsi avoir
entretenu la flamme du liseur (de Dard) inconnu. Je vous laisse, les aminches… J’ai
l’estomac dans les talons, la tortore est prête et la blanquette de veau m’attend.
Ma Félicie aussi. Que 2015 soit synonyme pour vous autres de (re)découverte de ces
175 petits coups de canif de deux cents et quelques pages dans la morosité de
vos vies.
mercredi 15 octobre 2014
Richard au coeur de Lyon
Soir
de semaine. La nuit a déjà enveloppé les immeubles. Seuls subsistent les néons blafards
des arrêts de bus. Dégueulés par les bouches de métro, les ultimes
retardataires de la soupe familiale « vingtheurienne » ont déserté ma
ville. C’est l’heure à laquelle je décide de sortir. J’ai rendez-vous. Avec un drôle
de personnage. Je n’avais pas remarqué et pourtant. Depuis le temps qu’il
chemine dans ma petite lucarne ou sur la toile immaculée de mon cinéma préféré.
Pas banal un bipède qui peut se métamorphoser en grenouille. Ce sourire aux
lèvres pincées qui se fend d'une oreille à l'autre. Les paupières légèrement
bombées sur ce regard bleu pouvant luire de bonheur ou de rage contenue. Mais
le son rauque de la voix qui déraille et se brise me fait oublier le batracien
pour me ramener à l’homme. Je suis venu écouter Richard Bohringer. Et Richard
Bohringer parle. Ou plutôt raconte. La magie opère. Pas de ces vieux
combattants qui radotent leur sombre et glorieux passé en geignant sur l’époque
actuelle, non. Bohringer ne relate ses errances qu’au présent. Il les
vit, les recrache comme des fléchettes propulsées de sarbacanes. En homme debout,
ivre de liberté. Un seul mot pour résumer tout ça : partage. Avec le
public. Enfin, plutôt avec chacun de nous devrais-je écrire. Parce qu’il te chope
à l’aide de ce fameux regard, de ceux qui te transpercent comme un cran d’arrêt
et te clouent dans ton fauteuil de simple spectateur de sa vie. Et il ne te
lâche plus. Toujours entre émotions et emportements. Et tu te laisses
facilement happer, embarquer sur son rafiot de fortune. D’infortune. Ses multiples
escapades africaines comme ses longues nuits au hasard des rues. Quand le griot
blanc et l’homme blessé ne font plus qu’un et te mettent tout sur la table.
Comédien,
écrivain, chanteur, Bohringer est avant tout un écorché vif. Un être comparable
à ces vieux volcans. La fièvre et la tourmente. Cracheur de feu. Des
éructations qui coulent comme de la lave en fusion avant le retour à
l’apaisement. Autant de profondes brûlures qui ne le laisseront jamais au
repos. Une personnalité complexe. Comme sa vie. A plus de soixante dix printemps,
il continue de se colleter avec elle. Bohringer, c’est un boxeur du quotidien. Pas
du genre à jeter l’éponge. Il encaisse, plie, met un genou à terre puis se
relève toujours au final. Le style de lascar à crever debout. Il ne tombera pas
tout seul. La faucheuse devra aller le chercher. Pas pressé de retrouver
« ses frères », ses compagnons de biture et de galère partis tutoyer
les anges. Son aéronef céleste, comme il dit. Un hymne à la vie, à la générosité. Le cœur et les poings qui
résonnent au rythme de ses coups de gueule, de ses doutes et certitudes, de ses
angoisses existentielles. De cette petite musique qui le guide loin de
l’aigreur ou de l’amertume. Au rythme des autres, aussi. La vérité dans
les rencontres. De celles qui vous font coucher à l’aube et bouffer du macadam.
Sans jamais poser les valises. Toujours sur la route. Aller voir ailleurs.
D’autres âmes. Un caractère de merde pour certains, du caractère d’après lui. Cette
puissance qu’on ne peut imaginer avancer à pas feutrés, sur du velours. Non,
Bohringer, ce sont forcément des portes qui claquent. Le bruit et la fureur. De
vivre. Résistant. Animal. Indomptable. Loin du profil amphibien que je
lui prêtais au début de ce billet, hein ? Enfin, je croaaa…
Deux
heures et quelques demis plus tard, je rejoins ma tanière. Empreint de ce
sentiment d’avoir croisé un de ces derniers loups. Une espèce en voie de
disparition qui se baladerait au milieu des chasseurs de rêves. Une dernière
fois braver le danger de l’immobilisme. Narguer les conformistes par ce rictus
taillé au rasoir. Putain, c’est beau un homme qui vit.
dimanche 7 septembre 2014
Le fantôme de Mc Murphy
- M. Tricao ?
- Bonjour
Madame.
- Bonjour.
Bien. Asseyez-vous là. Alors, depuis la dernière fois, quoi de neuf ? Votre vue ?
Toujours aucun souci de ce côté là ?
- Mouais…
J’ai l’impression que ça baisse. De près uniquement. Sinon ça va. Mais je
parviens encore à vous distinguer, Monsieur.
- Et
facétieux avec ça ! On va regarder tout ça. Fatigué le soir ? Des
maux de tête ?
- Non.
J’arrive à lire mais pour la télé, j’ai plaqué l’affaire.
- Ah
bon ?!? Des symptômes de quel genre ?
- Oh…
Pour 95%, je dirais la nullité des programmes proposés et 5% parce que je ne retrouve généralement pas la télécommande suite à la baisse de ma vue de près.
- Alors
vous, franchement ! Sinon vous lisez sur écran ? Sur E-Book ?
- Non. Gutenberg.
Méthode ancestrale. Vous savez les caractères imprimés sur des pages de papier numérotées
reliées entre elles et...
- Vous
allez arrêter de vous foutre de moi, M. Tricao ?
- Pardon.
- Bon.
Sinon, votre poids… Vous êtes monté sur la balance récemment ? Je vois que
vous étiez en très légère surcharge pondérale lors de votre dernière visite
et...
- C'est à
dire que de me peser avec mon blouson de moto, mon casque et mes bottes parce
que votre camion médical n'est pas chauffé l'hiver, forcément...
- …..
Je peux reprendre ? Rien d’inquiétant non plus, hein. Conséquences de
votre arrêt de fumer sûrement. Vous n’avez toujours pas repris au moins ?
- Pas depuis
dix ans. Ma fiche informatique n’est pas à jour visiblement. Ah où est la belle
époque des bons vieux dossiers médicaux cartonnés manuscrits remplis par de
belles mains manucurées d'infirm…
- On peut
avancer ou vous comptez poursuivre votre one man show dans le sas
d’attente ?
- Ok. J’ai
perdu dix kilos depuis la dernière fois que je vous ai vu. Mais aucun lien de
cause à effet, rassurez-vous.
- Des soucis
ou la simple volonté de faire un petit régime pour vous sentir mieux ?
- Les deux, mon capit... Pardon.
- Des
soucis de quel ordre ? Le travail ? Familiaux ? Autres ?
- Cochez
les trois. En fait, je crois que je supporte de moins en moins les autres.
‘fin, les cons surtout. Mais je ne dois pas être le seul dans ce cas.
- Effectivement.
Petite déprime assez fréquente constatée à la quarantaine…
- L’âge ne
fait rien à l’affaire. De 7 à 77 ans. Des cons. Point.
- Non,
mais je parlais pour vous…
- Allez-y ! Traitez-moi
de con pendant que vous y êtes !
- Enfin !
Vous vous méprenez ! J’évoquais votre coup de déprime, M. Tricao !
- Coup
de déprime, je ne pense pas… Je crois qu’en fait j’ai toujours eu ça.
- De
quoi ?
- Le
goût de la solitude. Même si ce n’est pas très populaire d’après le père Capdevielle.
- ???
- Laissez.
Ce sont mes références de vieux con. Ma part du gâteau.
- Trop
de stress aussi dans votre boulot, peut-être ?
- Si
vous appelez « stress » le fait de supporter mes collègues. Alors
oui.
- Vous
leur reprochez quoi exactement ?
- Leur
connerie. Leur soumission plaintive. A propos de tout. En boucle. Infinie. Sans jamais avoir la moindre étincelle pour mettre le feu à tout ça. Toute cette énergie négative dépensée en vain, l'extinction du risque, du nouveau, c'est beau...
- Vous
arrive t’il d’envisager qu’ils pourraient penser la même chose à votre
endroit ?
- Pourquoi
pas. Mais contrairement à eux, je fais des efforts. Je l’ouvre le moins
possible. C’est un bon début, non ?
- Je ne sais
pas… Et c’est moi qui pose les questions, M. Tricao. A part ça, pas de problème
pour aller à la selle ?
- Oh, je
suis un modeste cycliste du dimanche, vous savez. A peine trois mille
kilomètres les meilleures années.
- Vous le
faites exprès ? Vous voyez très bien de quoi je veux parler.
- Je vois très bien, je vois très bien… De loin alors ! Non, mais pas
de problème. Hélas.
- Pourquoi
« hélas » ?
- J’aimerais
demeurer enfermé dans ces lieux plus longtemps. Pour lire, penser. Simplement pour échapper aux
cons, en fait.
- Une petite
fixation, quand même. Bon. Je vais vérifier votre tension.
- Faut
peut-être que je retire ma combi de ski, non ? Ok. J’arrête.
- Neuf et
six ! C’est faible, dites moi. Pas de vertige quand vous vous levez ?
- Uniquement
quand je me couche, Doc’. Vertiges de l’amour. J’ai dû rêver trop fort. Ca
m’prend les jours fér…
- Vous avez
fini votre cirque, oui ?
- Oui.
- Bon, vous
êtes apte. Un peu de lassitude mais je mets ça sur le compte d’une petite
baisse de moral passagère. Mais vous pouvez toujours nous consulter si besoin.
Vous m’avez l’air plus taquin que déprimé en fin de compte. Vous qui aimez la
lecture, vous devriez écrire quand vous avez un coup de moins bien. Tenir un
journal, par exemple. Beaucoup de gens font ça, vous savez. SUR PAPIER RELIE,
HEIN, MONSIEUR TRICAO !?!
- En
2014 ??? Vous n’y pensez pas ! Ne le répétez pas, mais des savants un
peu fous disent que l'on peut ouvrir son propre blog sur Internet. Vive la
modernité, Docteur, non ?
- Fichez-moi
le camp !
- Bonne fin de journée, Miss Ratched.
lundi 1 septembre 2014
Les raisons de mon collyre
J’ai la crève.
Eternuements en cascade. Les carreaux gonflés larmoyants et cette sale
impression d’avoir reçu une poignée de sable dans les orbites. La voix qui
déraille et oscille entre l’adolescente hystérique à un concert des One
Direction et le fumeur de Gitanes maïs sans filtre en fin de chimio. Bref, la
tronche comme un compteur à gaz. J’aime pas. Sale humeur, du coup. Comment et
où j’ai chopé ça, lectrice ? Déjà pas dans ton derrière, espère ! Je
sais. Grossier. Mais j’ai prévenu. En rogne. De mauvais poil… de cul,
évidemment. Je n’ai pas attrapé froid non plus lors de la mascarade actuelle de
l’Ice Bucket Challenge, si tu veux savoir. Tu sais, tous ces lourdingues connus
et inconnus qui croulent sous un torrent d’eau glacée tout en prenant soin
d’innover dans le pathétique et le ridicule afin de figurer en pole sur les
réseaux sociaux et autres télés. Montrer qu’on a des relations, des potes, que
l’on est dans la place. « Je suis retweeté par les stars de ce monde, mon
gars ». Toujours en mémoire ce journaleux donnant du « Bob » à
Monsieur De Niro. Va te faire…
Puis elles ont bon
dos, les nobles causes. Se battre mondialement contre la maladie de Charcot.
Ok, pourquoi pas. T’en penses quoi, Bob ? Ouarf, ouarf. La tendance est au
paraître. Montrer que l’on a du blé mais aussi et surtout du cœur. Business
oblige, si tu peux faire ta propre pub de bon samaritain en même temps, hein.
Donner discrètement ton obole, ce n’est pas jouable ? « Mais tu me prends
pour un charclo, Tricao ! ». Charcot, mon bon, Charcot. Et puis c’est
toi qui donne et non qui reçoit. Au final, je n’ai pas participé. Note bien que
je le regrette. Pour ne pas rompre la chaîne (du froid), j’aurais nominé
Michael Schumacher, un Gremlins et un petit africain déshydraté.
Oh, ça va, c’est pas plus cynique que leurs actes à ces cons. De l’espièglerie
d’un allergique à l’ambroisie, tout au plus. Parce que oui, pour revenir à mon
rhume, c’est de l’allergie. Une variante du rhume des foins. Option latin.
Ambrosia artemisiifolia. Ca te la coupe ça, hein ma vieille ? Ben ma haute
culture en mauvaise herbe, bien sûr ! Parce que pour ce qui est de la
plante allergisante, mieux vaut arracher la racine avec, et ce, afin d’éviter
toute prolifération, merci d’être venu lecteur, tu peux retourner devant les Chtis
ou Minots à Pétaouchnok-mais-pas-chez-moi, je continuerai sans toi. Va te
faire…
Fleur venue d’Amérique
du Nord et disséminée depuis essentiellement par l’Homme. Et tu voudrais que je
ne renouvelle pas mon adhésion pas au Misanthrope’s Club, lecteur ? Bref.
Les AA (allergiques anonymes), nous représentons environ dix pour cent de la
population en France. Pas négligeable, non ? Et bien est-ce que je grimpe
au sommet du grand mât de mon brick réclamer corps et âme mais surtout à cri à la
planète entière un Pollen Bucket Challenge ? Non. Je reste humble.
Les plus grandes douleurs sont muettes, paraît-il. Bien qu’en ultime parade, il
reste toujours la cortisone. La fameuse piquouse apaisante qui donne raison à
ce salopard de chauffard du dimanche qui frôle volontairement mon biclou lors
de mes sorties dominicales sur les routes de campagne en me traitant de dopé
car je ne laisse pas ma portion de bitume à son gros 4x4 de merde quand il va
chercher son pain et ses clopes. Va te faire…
Bon,
je dois te laisser, lectrice. Mon ire empire et le petit flacon de collyre me
fait de l’œil. Ah oui, j’oubliais. Bon anniversaire, le Cri Pirate. Deux piges
et cinquantième billet au compteur. Laisse moi t'offrir néanmoins ce modeste bouquet
de nerfs.
mercredi 23 juillet 2014
Le vieil home et l'amer
Toc,
toc… Y’a quelqu’un ?... Fait sombre là dedans. Une lanterne, vite ! Comme
retranscrivait Gourio par l’entremise de ses fumeuses brèves de comptoir,
« quand tu connais la vitesse de la lumière et que toi, tu mets parfois
une plombe à trouver l’interrupteur ! ». Bon ben va falloir aussi tomber
les toiles d’araignée, ouvrir les fenêtres. Bref, bienvenue à toi lecteur.
Après des pérégrinations réelles et autres escapades virtuelles m’ayant tenu
éloigné de cet antre, me voilà enfin de retour au bercail. Home, sweet home. Le temps de souffler
sur les touches du clavier afin d’ôter la poussière et je suis à toi. Plus de
quatre mois se sont écoulés depuis une certaine mortelle randonnée. Une naïve lectrice
de mes connaissances s’étant même posé la question si mon dernier opus n’était pas
autobiographique et si je ne croupissais pas à l’heure actuelle dans quelque
geôle jusqu’à ce que la faucheuse m’offre la dernière échappée vers d’autres
cieux. Je sais bien qu’il est dans l’air du temps que certains en mal d’exister
claironnent leurs prochains forfaits meurtriers ou suicidaires via les réseaux
sociaux. Mais non. Tout baigne. Et pas dans l’hémoglobine.
J’ai
bien pensé revenir de temps à autre scribouiller mes coups de mou, mes coups de
cœur, mes coups de trique (Ah ? Oh !). Le monde continuait de
tourner. Toujours pas rond. Pourtant, sur nos écrans, l’info en boucle. Va
comprendre, Cassandre. Bon puis tremper ma plume dans quoi ? La
politique ? Se joindre au Hollande bashing alors que le roi des cons sur
son trône se débrouille très bien tout seul ? Te faire part de mes hallucinations
sur un retour possible de Joe Dalton alors que je n’ai toujours pas réalisé
comment il a pu arriver un jour sur la plus haute marche ? Se mettre la rate au
court bouillon devant ce putain de thermomètre nationaliste qui fait grimper lentement
mais sûrement la fièvre haineuse et qui nous finira bientôt tous dans le
fondement sans avis médical préalable ? Sinon l’actualité sportive ? Ben
oui. J’aurais pu, j’avoue. Comme toi lecteur muni de tes charentaises à
crampons, j’ai passé quelques footeuses soirées brésiliennes. Mais franchement,
te tartiner des comptes rendus de matchs insipides, flinguer ou encenser des
millionnaires en short, endosser la panoplie de l’un des soixante et quelques millions
de sélectionneurs que compte l’Hexagone, tu m’as compris… Si tu as envie de ça,
tu prends ta souris sous la paume, ton tactile sous l'index et direction les spécialistes du zinc. A
taper le carton rouge entre deux jaunes. Plein les forums du net, les radios,
les plateaux télé. S’autoproclamant analystes. Et pourtant bien souvent à la
limite du hors jeu.
Alors
à part ça ? Et ben ça va, si il s’passe que’que chose, on vous l’dira.
Dixit le bon Renaud du temps où il venait encore de louper Télé Foot. Tiens, le
père Séchan, je voulais t’en causer un brin. Lui qui vit maintenant caché sur
les rives de la Sorgue.
Loin du tumulte. Si éloigné des feux de la rampe que le jeu macabre
de certains charognards consiste à savoir quand il va lâcher cette dernière. Z’ont
beau réclamer son come-back à coups de reprises, la nouvelle (et l’ancienne) scène
française. Sortent une compilation comme un hommage… Mon cul ! Un linceul,
ouais ! Laissez le peinard, bandes d’épitapheurs à la petite semaine.
Terminarès la chanson. La voix
embrumée par les goldos bruantistes et les vapeurs d’alcool rimbaldiennes. Plus
envie de montrer sa trogne. Il a le droit non ? Alors bien sûr que
j’aimerais l’entendre encore, le naufragé des icebergs de fond de verre. Enfin plutôt lire sa plume vengeresse
et caustique. Mais surtout pas vos voix, nécrophages de la charmante ritournelle. Bien plus vivant que vous le titi de Paname. Mais peut-être qu’il navigue sous pavillon caché sur le web. Va
savoir. Et que même si ça se trouve, il me lit, tiens ! Alors compagnon au
bandana rouge, si nos claviers viennent à se croiser, nos chaloupes webiennes accoster
sur le même rivage, sache que je te salue. Longue route à toi. Réembarquons
sans nous retourner. Eloignons nous de l'amer. Dès que le vent soufflera, of course.
vendredi 7 mars 2014
Mortelle randonnée
Le mec s’était dirigé vers moi et m’avait
demandé mon titre de transport. Je lui avais rien demandé. L’air hautain du Robocop
de banlieue content d’alpaguer un multirécidiviste des transports. Un contrôleur
de bus, merde. J’aime pas les contrôleurs de bus. Pas que je leur en veuille
personnellement, non. Chacun sa galère pour remplir sa gamelle. Je n’avais pas
de ticket. On est descendu au premier feu rouge. Pendant qu’il rédigeait son
procès verbal, il n’a pas pu s’empêcher de me faire la morale. L’erreur. Un
bavard. Il m’a tenu la jambe pendant cinq minutes. Cinq minutes de trop. Je
l’ai buté. Pas me faire chier. Je suis un impulsif. Déjà, à l’armée, ils ne
m’ont pas gardé. Déclaré ingérable. Psycho j’sais pas quoi à tendance machin
truc. En clair, à dégager. C’est un médecin gradé qui est venu m’annoncer la
nouvelle. Alors je l’ai dégradé. Mon premier. Mon plus grand souvenir. Deux
choses que je n’oublierai jamais : le regard du blaireau quand il a
compris et la mélodie de ses cervicales quand elles se sont disloquées. Pur
bonheur. De quoi créer une vocation. C’est à partir de ce jour là que je me
suis mis à bourlinguer. Recherché pour cause de dangerosité. Pas le genre
fréquentable, quoi.
Bref, j’ai tué le contrôleur. Proprement,
à l’ancienne. Pas eu le temps de voir venir. Et il s’en est allé vérifier si
son billet était compatible pour l’enfer. Le hic, parce que hic il y a, c’est
que le contrôleur avait un collègue descendu l’arrêt suivant qui, ne voyant pas
arriver son binôme, remontait dans notre direction. Et qu’il a réagi au quart de tour
quand il l’a vu s’effondrer ma victime. Il n’aurait pas dû crier en arrivant
sur moi. J’aime pas les longs discours mais encore moins les cris. Il est mort
comme un porc. Bon. Ma rencontre avec ces deux cons commençait à attirer les
curieux et il me semblait opportun de quitter les lieux. Plus de bus, pas de
métro, fallait improviser. Coup de bol, au feu, un taxi arrêté. Je me suis
engouffré juste avant le vert. Pas ce que j’ai fait de mieux. La tête du couple
de clients et du chauffeur. J’aime pas les chauffeurs de taxi. Ils parlent trop
eux aussi. Nettement moins avec la ceinture de sécurité autour du cou. Et
la mégère qui squattait la banquette arrière, effarée, la bouche ouverte sans
un son qui sort. Elle avait dû bouffer un truc qu’il ne fallait pas. Elle puait d’une
force ! J'aime pas les gens qui puent du bec. Alors en plus quand les sphincters font relâche ! Toujours est-il qu'avec son mari,
ils n'ont pas eu l'air d'apprécier ma présence. Ca m'a vexé. J'ai pris la tête
de l'un pour défoncer celle de l'autre. Tchac ! Solide, la rombière
geignait encore. J'ai dû la finir avec la lame encore chaude du sang du
contrôleur. Du travail bâclé, mais bon, cas d’urgence. Puis à ce moment précis,
deux balaises sont sortis de leurs tires parce que visiblement, on gênait la
circulation. Et eux ? Ils n’étaient pas des empêcheurs de tuer en rond
peut-être ? Ils n’ont pas aimé ma remarque. De plus, j’aime pas les
balaises. Une boutonnière à chacun. Pour les reprises, voir avec la pharmacie
la plus proche.
Avec tout ça, il se faisait tard et je
commençais à avoir les crocs. J'ai laissé les cadavres à leur lente agonie et j'ai filé
un peu au hasard en quête d'une gargotte. J'aime pas les restos. Les serveurs
posent trop de questions. Un couvert seulement ? Et pour la cuisson ?
Prendrez un dessert ? Café ou déca ? Je déteste le café. Ca
me rend nerveux. J'ai fini par dégoter une brasserie. La serveuse
avait tout pour plaire. Strabisme divergent prononcé et bégaiement en sus.
Sacré pedigree. Aurait pu s'appeler BB. Bigleuse et bègue. Mais c'est vilain
de se moquer. J'ai dégusté mon plat avant de mettre à jour mon
calepin. Ne jamais me mettre en retard au niveau du calepin ! Sinon, j'oublie.
Je comptabilisais donc mes clients de la journée. Les deux contrôleurs, le
couple du taxi, le chauffeur, les balaises. Sous total : sept. J'ai
horreur du chiffre sept. Surtout marre des trucs qui vont par
sept. Les sept nains, les sept mercenaires, les sept
péchés capitaux, les sept jours de la semaine, les sept merveilles du monde, le
septième art, le septième ciel. Des conneries. J'aime pas le sept. Ca porte la
poisse. J'aurais dû me limiter à six. Mais bon, ce qui est fait est
fait. Et la journée n’était pas finie. Comme d'habitude, j'ai profité
de ma pause casse-croûte pour nettoyer mon matos. Une lame, il faut
que ça reste propre. Question d'hygiène. La nappe était rose fadasse, je lui ai
refait une coloration. Genre ton sur ton. Puis j'ai réglé l'addition. A ma
façon. J'ai appelé BB pour lui faire remarquer qu’à la place du plat du jour,
j’aurais préféré le plat du soir. Juste histoire de plaisanter. Elle
a passé l'arme à gauche avant d'avoir compris ma blague. J'aime pas les gens
qui manquent d'humour. Pas trop content mais repu, j'ai vidé les lieux sous les
regards j'imagine admiratifs et envieux des rares clients. Faut dire
ce qui est, j'avais opéré BB à la spectaculaire. Une césarienne vite fait sur le gaz. Alors bien sûr
les beaufs avaient fait le plein des conversations à venir. J'y étais
! J'ai tout vu ! Mais je n’ai pas bougé, M’sieur le Commissaire.
Evidemment. Bande de cons. J'aime pas les cons.
Ces péripéties m'avaient quelque peu
fatigué. Je me suis assoupi à proximité dans un parking souterrain. Sous
une caméra de surveillance. Quand les flics sont venus me cueillir, ça
s'est plutôt bien passé. Ils m'ont dit comme ça qu'ils savaient que
c'était moi. J'ai confirmé que oui, en effet, c'était moi. Ils m'ont demandé
pourquoi. J'ai dit c'est comme ça. Mais encore, pourquoi
ceci, pourquoi cela. Oh les gars ! Des questions à n’en plus
finir. Du bavardage et vous savez mon amour pour ce dernier. Qui,
quand, où, comment ? Je ne sais pas, moi ! C'est comme ça. J'aime pas les
contrôleurs, j'aime pas les vieilles qui puent de la
gueule, j’aime pas les chauffeurs de taxi, les grands balaises, les
serveuses moches et tous les autres voir plus si affinités. Quoi pas « affinités »,
alors antipathie, j’ai bon là ? Moi, ce que j'aime, c'est rêver. En
cabane, je vais avoir tout le temps de rêvasser. Même si ils
m’ont confisqué mon calepin. Il va me manquer. Il y en a des choses dedans !
Le jour où j'ai fait connaissance avec un chasseur qui refusait que je
passe en vélo sur SON chemin forestier et celui où j'ai raté mon permis de
conduire. Des souvenirs inoubliables. Pour moi bien sûr mais aussi
pour eux un petit peu quand même non ? Mais je garde tout ça pour le
procès. Si ce putain de procureur ne me coupe pas la parole, bien entendu. Parce que
voilà, il faut que je vous avoue un petit truc. J'aime pas les bavards ok,
mais encore moins les malpolis.
(Adaptation d’une nouvelle d’H. Sard)
lundi 20 janvier 2014
Cannibale Lecteur
La nuit
vient de tomber. Je le sais car la lumière tamisée de la lampe de bureau vient
remplacer le peu de jour qui filtrait jusqu’alors par les interstices des
volets vermoulus. Il est là. Avachi dans son fauteuil en cuir. Le regard fixe
et hagard du junkie en manque. A nous scruter, les copains et moi. Sur lequel
d’entre nous va-t-il jeter son dévolu ? Epancher sa soif de lecture ?
Appétit d’ogre pour des mots couchés sur le papier. Boulimique de tournures alambiquées
ou élémentaires. Jamais repu. Il vient de terminer un petit Caryl Ferey. Opuscule
bien frêle. Une sorte de jumeau. Car ne possédant comme moi qu’une trentaine de
feuillets. Simple mise en bouche avant de gloutonner sauvagement le prochain
qui lui tombera entre les mains. Il a dû apprécier, car ce dernier ne va pas
rejoindre le coin où s’entassent pêle-mêle les préposés au départ. Notre fameux
camp de rétention. Un comble pour un livre d’être traité comme un sans papier.
Le permis de séjour dans ce bureau peut aller d’une courte escale de deux jours
à la détention à vie. Ainsi moi qui vous cause, j’ai la chance de faire partie
des meubles. Mes atouts ? Un contenu enrichissant (ma beauté intérieure),
un format chéquier portefeuille et une tranche fière qui vieillit sans trop
jaunir. Contrairement à mes confrères de la
Série Noire, par exemple. La couverture en papier glacé
fatigue sans pour autant craqueler. Je cauchemarde parfois à l’évocation de ces
horribles rides qui rejoindraient ma maigre épine dorsale où règne mon patronyme
de parution dans une police rouge et noire microscopique. Faut dire qu’il prend
soin de nous. Jamais de pages cornées. Une règle.
Je suis bien
descendu plusieurs fois de mon perchoir, la peur au ventre de déménager sous d’autres
cieux, mais j’ai toujours réintégré mon étagère. Je dois toujours lui plaire.
Nous sommes de vieux amants. Je sais qu’une multitude de maîtresses pourraient
prétendre au même grade que moi. Je fais partie d’une famille nombreuse dont le
patriarche scribouillard est Pierre Desproges. La tribu s’est agrandie au fil
des années. Même mes cousines, des biographies plus ou moins exhaustives, sont
toujours présentes. Nous avons notre emplacement réservé. Pas trop ensoleillé,
éloigné de toute humidité synonyme de mort certaine pour ma fratrie.
Nous vivons en bon voisinage, écrit dessus écrit dessous entre Dard
Frédéric et Djian Philippe.
Et puis, il
y a les autres. Ceux qui patientent en préventive. Certains arrivés depuis des
lustres. Achats compulsifs. Parce qu’une chouette présentation, un format bien
maniable, une quatrième de couverture alléchante, un coup de cœur offert par un
autre vampire lexical de ses connaissances, ou que sais-je encore… Et de
traîner là. Dans l’attente. Le couloir de la mort avec pour perspective
l’acquittement (adoubement, devrais-je peut-être écrire) ou le départ vers d’autres
latitudes. Bien que d’après quelques réchappés revenus par erreur, notre sort
serait enviable. Jamais de déchèterie, autrement dit « la fosse commune »
dans notre jargon. Un recyclage d’occasion en librairie ou sur un étal de
bouquiniste, il y a pire, non ? Nous avons aussi les « pistonnés ».
Une classification à part. Pas forcément irrésistibles mais dédicacés, les diables.
Je les hais. Avec leur paraphe d’auteur comme une légion d’honneur couchée sur
les premières pages, les décorés nous narguent. Le précieux sésame garantissant
de finir ses jours dans cet antre bibliophile. Une concession à perpétuité en
somme. Ou bien la maison de retraite chez un autre anthropophage, généralement
proche conseil et ami de notre cher pagivore. Jalousie et rancune. A une
poignée de métastases près, j’aurais pu être des leurs. Enfin. Je suis toujours
là. Mais jusqu’à quand ? De méchants extra terrestres ont débarqué :
les e-books. Notre espèce serait-elle menacée ? En voie d’extinction ?
L’ordinateur trône sur le bureau. Ambiance digne du Silence des Agneaux. C’est
lui qui m’a laissé entendre que nous ne craignions rien. «Pour l’instant...»
a-t’il ajouté, narquois. Dois-je arborer une confiance aveugle en la fidélité
de mon Cannibale Lecteur ? Je reste sceptique. Comme l’indique mon titre.
Au final, « la seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute ».
mercredi 1 janvier 2014
Observons une année de silence...
« Et toi, l’Pirate,
qu’est-ce qu’on te souhaite ? ». La paix. Mieux, le silence. Parce
que je sature. Tes plaintes lecteur, tes chouineries lectrice. J’en ai ras le
bandana. Mon souhait ? De vous coller au mur avec vos lamentations. Une
bastos pour chacun. Vérifier si Polnareff et son paradis jouent à guichets
ouverts. Pour l’enfer, je m’en charge. Avec vos trognes déconfites, j’ai déjà
un avant goût. Et que ça se répand à longueur d’année, que ça ne va pas, y’a
qu’à, faut qu’on. Jamais contents. De perpétuels grincements de craie dans les
esgourdes. A s’en perforer les tympans comme papa Beethoven. Alors un peu de
silence, s’il vous plaît. Et même si ça ne vous plaît pas. Fermez une bonne
fois pour toutes vos clapets, les donneurs de leçons et mégères meuglant à qui
mieux mieux ! Bien sûr, je sais : les maladies, les fins de mois difficiles,
et tout le bataclan. Vous croyez qu’aboyer devant votre petite lucarne, avec vos
aïeux et vos chiares, va vraiment changer les choses. Tout ce petit monde à se
morfondre sur son piteux sort depuis des générations. Mais tellement heureux de
baigner dans son jus finalement. Nostalgie de l’esclave. Pas tant envie de
refaire le monde que ça au final. On verra plus tard pour la grande évasion. Parce
qu’on ne sait pas. Si c’est pire, imagine. Prendre des risques ? Au grand
jamais ! Plutôt crever dans son cholestérol ! Laissez-nous dans notre
belle société de consommation. Nous voulons être des propriétaires. Même de
miettes tombées du banquet des seigneurs. Des saigneurs. L’ambition citoyenne
comme leur palier d’immeuble. Toujours envier celui du dessus, jalouser le
voisin, faire chier celui du dessous. Vive la ripaille à coups de tickets
resto, de savants cocktails d’antidépresseurs solubles dans l’alcool. C’est la
criiiiise finale, pleurons tous, etc. Refrain connu. Internationale de la
soumission. Surtout que rien ne change. 2014, 2015, 2050, 2100. Des pauvres,
des riches. L’équilibre de plus en plus bancal. Pas grave. La norme. Aux urnes,
les conformistes.
Me serais-je levé de
mauvais poil en ce jour de l’an neuf ? Même pas. Vous me rendez juste fou.
Mais va savoir qui est le plus dingue. Toi lecteur dépourvu de lucidité mais surtout
pas de biens matériels ? Toi lectrice au grand cœur qui donne aux Restos
en prévision de ton licenciement ? Donner. Encore et toujours. Votre kit
de bonne conscience. Pour le calendrier des pompiers des fois que ta plaque de cuisson en vitro céramique te pète à la
gueule. Si seulement. Donner pour l’almanach des Postes bien que depuis l’avènement
d’internet, les dernières bafouilles potentielles que tu reçois sont les vœux
tarifés d’EDF, Veolia ou du Ministère des Finances. Note que je n’appelle pas
au grand soir. A la Révolution avec un grand R. Je conchie les luttes de classes.
Les communautés. Je ne veux rien posséder en commun avec qui que ce soit. Parce
que souvent vous me faîtes tartir. Déjà bien obligé de vous supporter. Partageons
juste un moment amical de temps à autre. Basta. Puis je m’en retournerai à mon mutisme.
Parce que, comme l’a si bien scribouillé l’antraïgain à bacchantes, « je ne suis qu'un cri. Sans fil à la patte. Encore moins issu d'une écurie.
Pas diplomate, je n'ai ni
drapeau ni patrie, je ne suis pas rouge écarlate ni bleu ni blanc ni cramoisi. Je
suis d'abord un cri pirate, de ces cris-là qu'on interdit. Je ne suis pas cri
de plaisance ni gueulante de comédie, le cri qu'on pousse en apparence pour
épater la compagnie. Moi si j'ai rompu le silence, c'est pour éviter l'asphyxie.
Oui je suis un cri de défense, un cri qu'on pousse à la folie. Alors pardonnez
si je vous dérange, je voudrais être un autre bruit. Etre le cri de la mésange,
n'être qu'un simple gazouillis. Tomber comme un flocon de neige, être le doux
bruit de la pluie. Mais je suis un cri qu'on abrège, je suis la détresse
infiniiiiiiie».
« C'est pas bientôt fini
avec tes conneries ? » Oui, lecteur. Bises, lectrice. T’aurais pas vu mon flingue et mes boules Quiès ? Maintenant, silence. Enfin.
vendredi 13 décembre 2013
Le marin des ondes
Salut lecteur du Cri Pirate. Hurlement funeste du flibustier devrais je écrire. Car nouvel hommage à un récent disparu.
Alors oui, ça y est, je te devine déjà l’œil éteint, l’index prompt à glisser
sur la vitre de ton Aïe pad 747 afin de faire défiler à toute berzingue les
sites marchands de bonheurs éphémères étiquetés « Joyeux Noël ».
Tablette high tech fin 2013 mutant low coast dès janvier 2014. Obsolescence, un
des vocables préférés du geek. Bref. Revenons au sujet du jour. Même si l’amical
Nelson du navire sud africain mérite amplement les témoignages d’affection de
son peuple bien plus que les larmes de crocodile découlant d’une nauséabonde négrologie
pondue par une poignée d’afrikaners nostalgiques du temps jadis, figure-toi
que ce n’est absolument pas de ce dernier dont je souhaitais t’entretenir. Mon
disparu à moi a eu l’humilité de larguer les amarres en catimini. Et toujours
ce sentiment salement mélancolique de ma jeunesse qui se barre à vitesse supersonique. Donc parlons de
mon père. Attention, pas de quiproquo, le mien de paternel se porte comme un
charme, je te remercie. Te fais pas de bile, l’ancien solide comme il est, il devrait
t’enterrer toi et toute ta famille, charognard de lecteur ! Non, je vais plutôt
évoquer l’UN de mes pères. Spirituels s’entend. Brel, Brassens, Desproges, et
Dard avaient ouvert le bal et creusé un peu plus le sillon de mes errances nocturnes,
culturelles et solitaires. Et voilà que ce diable de Jean Louis Foulquier décarre
à son tour rejoindre le bistrot des anges si cher au rouge gorge de Paname.
Captain Café. L’unique
« pollen » qui laissait mes allergies en veilleuse. T’avais pas le
droit, Jean Louis. Dorénavant, qui va me faire découvrir, sans cette voix embrumée
par les plaisirs et douleurs de la vie, les nouveaux talents musicaux de ce putain
d’Hexagone ? Lenoir mais surtout tézigue avez été mes sessions
radiophoniques de chevet. Panachage de confessions feutrées et de tonitruants fous
rires. Amitié, loyauté, et fidélité des Lavilliers, Higelin, Thiéfaine, Couture,
Personne, Kent, Miossec et j’en oublie. Peu importe le temps qui se fait la
malle. Ceux-ci seront toujours vivants. Ferré les baptisait les drôles de
types. Sculpteurs de rimes, orfèvres ciseleurs du couplet, bâtisseurs de refrains pour
l’éternité. Quant à ceux que l’on appelle pompeusement la nouvelle scène
française ? Let's go. N’importe quoi pourvu que ça bouge. Punk, rock, jazz, rap, acoustique, slam, je m’en balance. Que la langue vive.
Que les mots, les idées, les images s’entrechoquent. Pas de discours foireux et
insipide de bicorne à dorure du quai Conti, s’auto qualifiant d’immortel (bien
moins que tes invités, mon Jean Louis !) de manière si présomptueuse. Pas non
plus de pseudo analyse économique sur les ventes de CD ou téléchargements à
t’en décrocher la mâchoire d’ennui. Juste du miel poétique tartiné sur des
notes chaudes et colorées.
Eté 2013. La Rochelle. J ’ai jeté l’ancre une
poignée d’heures dans cette belle cité. Confortablement installé à la terrasse
d’un bar du vieux port, les premiers reflets d’août s’égarent au fond de mon bock.
Couleur ambre. L’esprit vagabond. Vue sur les tours menant à l’entrée du
chenal. Un symbole. A la fois gardiennes d’un riche patrimoine culturel mais
aussi tournées vers l’aventure, l’exploration, la découverte de nouveaux
horizons. J’y retrouve l’âme de deux enfants du pays. Bernard Giraudeau et Jean
Louis Foulquier. Bon vent les gars. Dans le brouillard ambiant des nuits sans
sommeil, modeste phare du souvenir, je veille.
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